Carnets 20 – Birmanie – Bagan, Lac Inle, Hpa An

Bagan est le principal lieu touristique de Birmanie, un peu comme Angkor Wat au Cambodge. Ce site archéologique comporte environ 3000 temples datant du IXe au XIIIe siècle, âge d’or du royaume de Pagan, premier royaume de l’histoire du pays, avant que la capitale ne soit transférée à Inwa (voir carnets 19). C’est le plus grand site bouddhique d’Asie. Notre arrivée est mémorable : les chauffeurs de taxi savent à quoi s’attendre niveau touristes et je vais avoir droit à la séance de négociation la plus mémorable du voyage. 

Après nous être vues proposer un prix exhorbitant pour rejoindre le New Bagan où nous logeons, nous argumentons en citant le prix de Mandalay : 6000 kyats pour un trajet d’une durée similaire. Réponse des taxis : une démonstration de pipeau assez impressionnante selon laquelle les moteurs seraient différents entre Mandalay et Bagan, si j’ai bien saisi. Nous apercevons ensuite un énorme panneau indiquant le prix des taxis : 7000 kyats pour New Bagan. « Oui, mais c’est par personne » nous répond-on alors que ce n’est pas du tout marqué « par personne ». Maud arrive à descendre à 8000 kyats mais nous aimerions toutes deux payer le prix affiché et pas plus sans raison (bon OK il est 2h du matin mais cette raison n’a pas été invoquée par le chauffeur). A partir de là, pendant une dizaine de minutes, j’avance derrière Maud, qui marche tranquillement en direction de la route au milieu du parking totalement désert, et le taxi la rattrape toutes les 2 minutes pour lui lancer : « 8000 ! » ce à quoi elle répond « 7000! » avant de poursuivre son chemin. Au bout d’un moment, il craque un peu et lâche une phrase qui ressemblait à « vas-y, je t’arnaque que de 1000 kyats, arrête de me casser les pieds », on hallucine, il se rattrape comme il peut. Je finis par dire à mon amie de laisser tomber et céder à 8000 mais je ne doute pas qu’elle aurait fini par arracher victorieusement le tarif normal au chauffeur, seulement je fatigue un peu.
Arrivées à l’auberge, surprise : n’ayant pas réservé (nous étions censées arriver à 4h et attendre le matin mais le bus a eu deux heures d’avance) il faut attendre 4h du matin pour savoir si l’auberge a de la place pour nous. On aurait dû prévoir … L’adorable Birman préposé à l’accueil nous indique le rooftop où l’on peut dormir – à part qu’il fait 15 degrés. Manque de bol, il fait nuit, nous voyons bouger sur le rooftop et un cri m’échappe. Je constate : 1. que ce sont des gens et je viens de les réveiller, 2. qu’ils sont Français et bien alcoolisés, 3. qu’ils ont décidé de nous punir pour ce réveil en faisant un boucan d’enfer malgré les supplications du Birman de faire moins de bruit… Impossible de dormir, je descends et consacre l’attente à papoter avec mes proches en buvant du café pour me réchauffer. A 4h, j’apprends qu’il n’y a pas de chambre et poursuis ma nuit blanche jusqu’au matin. Je constate d’ailleurs qu’à 4h30-5h, c’est branle-bas de combat dans la rue et à l’hostel car tout le monde va voir le lever de soleil. Grosse journée pour les Birmans louant les motos qui finissent vers 20h !

Temples de Bagan – vers Shwesandaw. J’ai noté toutes les pagodes visitées en fin d’article

Ma première journée à Bagan sera donc un peu brumeuse suite à cette « nuit », mais c’est un plaisir de sillonner le site en moto électrique au milieu des temples de pierre rouge, sous un soleil de plomb. Nous en sélectionnons un au hasard et l’escaladons, et là, je suis émerveillée : des temples rouges partout, qui émergent de la forêt, c’est magnifique ! 

Temples de Bagan – vers Shwesandaw

Nous en explorons quelques uns et déjeunons dans un restaurant local avant de revenir faire une sieste bien méritée à l’auberge. Ensuite, destination un temple d’où voir le coucher de soleil, que nous avons découvert le matin même. C’est un enchantement de voir le paysage des pointes des temples émergeant des arbres dans une lumière orangée qui se teinte petit à petit du gris du soir

Temples de Bagan – pagode Shwe Gu Gyi. J’ai noté les pagodes visitées en fin d’article

L’enchantement se poursuit avec un excellent restaurant végétarien qui répond au doux nom de « The Moon, Be Kind to Animals » et où nous mangerons une fois par jour pendant notre séjour à Bagan !

La journée du jeudi débute par un petit déjeuner à la birmane parce que les toasts de l’auberge ne nous font pas rêver : c’est un plaisir de nous retrouver au milieu des locaux à déguster du thé et les classiques « Shan noodles » (nouilles légèrement piquantes, typiques du centre de la Birmanie, que j’ai testées à Mandalay). 

Bagan – restaurant traditionnel Black Rose – Shan noodles et thé vert

Maud attrape le journal et voit une photo de Kim Jong Un, elle me le montre, et lâche quelque chose à son sujet : le serveur l’aperçoit et se met à rire avec elle, avant d’en informer un de ses amis du restaurant en riant : au moins une chose qui est universelle !

 Le reste de la journée est similaire à la veille : balade entre les temples, restaurant végétarien, coucher de soleil même si celui-ci est marqué par l’arrivée en masse d’un groupe de touristes français particulièrement bruyants. On fuit pour aller boire des bières au bord de la rivière, et admire le calme de l’eau à peine troublé par quelques pêcheurs tout en discutant. On se couche tôt : le lendemain, c’est lever de soleil !

Bagan – bord de rivière près du Sunset Garden

Le lever de soleil sera magique. Le silence, l’infinité des pagodes à l’horizon, les couleurs du paysage qui passe d’argent à or, les temples qui petit à petit révèlent leur teinte rouge brique, et soudain, l’apparition d’une montgolfière, puis plusieurs, puis tout un nuage de ballons qui se met à traverser le paysage déjà féérique. Je ne réalise pas du tout que je suis en train de voir quelque chose d’aussi beau, c’est plutôt en  voyant mes photos que je reçois le choc

Bagan – lever de soleil vu de la pagode Lay Myet Hna

Bagan – lever de soleil vu de la pagode Lay Myet Hna

Après cela, le but est de faire un peu de shopping : nous nous rendons à une boutique de vaisselle faite en bambou laqué, la « Family Lacquerware shop », spécialité de la région : on voit toute la famille à l’oeuvre et les différentes étapes de la fabrication, depuis le bambou brut à sa version lavée puis recouverte de différentes couches de laque (résine issue de différents arbres), puis décorée. On explore ensuite quelques temples et fait nos adieux à notre restaurant végétarien préféré avant de prendre le bus pour notre prochaine destination : le lac Inle !

Bagan – pagode Dhammayangi

Le lac Inle est un univers à part entière. Situé en altitude, à 800 m, entouré de montagnes, il présente des villages sur pilotis, des jardins flottants, des pêcheurs qui utilisent des techniques uniques, des fabriques de tissus traditionnels notamment au moyen de fibres de lotus, et j’en passe. Nous arrivons en début de matinée à notre hôtel, l’Aquarius Inn, après avoir un peu galéré à le trouver. Cela s’avèrera un de nos meilleurs logements en Birmanie, avec un personnel aux petits soins pour nous et un bon petit dej, varié et comportant son lot de fruits frais chaque matin.

Nyaung Shwe (lac Inle) – bateaux à moteur

Il nous faut un bateau pour visiter le lac et dès les premières minutes, je suis sous le charme, apercevant les pêcheurs, les montagnes, les villages sur pilotis, les plantes à la surface… 

Habitant du lac et sa rame traditionnelle

 Nous explorons d’abord le marché de Nampan – sans écouter notre batelier qui dit qu’à 10h le marché est terminé-, particulièrement riche en fruits et légumes grâce aux jardins potagers flottants où poussent tomates, concombres, courges … et apercevons quelques unes des différentes ethnies de la région : les Inthas « fils du lac » (population majoritaire d’Inle), les Pa O qui portent une serviette en guise de coiffe, les Karen – femmes portant de nombreux colliers leur faisant un « long cou », j’en parle ici – … J’en profite pour tester une grande galette de riz soufflé, c’est délicieux !

Marché de Nampan – femme Pa O avec des piles de galettes de riz soufflé

Joyeux Noël

Ensuite, nous partons pour le sud-ouest du lac : tout d’abord – suite à un malentendu avec le pilote du bateau …l’Inle Heritage House qui est une fondation visant à préserver la culture unique du lac Inle. Maisons sur pilotis, jardins potagers, commerce local … mais surtout un centre de préservation des chats birmans, particulièrement beaux ! 

Inle Heritage House – le village sur pilotis

Inle Heritage House – le village de chats birmans

Nous déjeunons sur place et c’est un régal  salade de fleur de banane, légumes frais sautés semblant sortir droit des potagers flottants, riz rouge, thé au sésame grillé …

Inle Heritage House – la salade de fleur de banane est dans les feuilles de bananier repliées

Inle Heritage House – le restaurant

Destination différents commerces : la région est notamment célèbre pour ses tissus, notamment à base de lotus, et nous visitons une fabrique où l’on voit les métiers à tisser ainsi que la méthode pour extraire les fibres du lotus et en faire du fil. Je suis fascinée par cette technique, hélas c’est si long à faire que les tissus de lotus sont très chers. Les autres produits proposés sont des mélanges entre soie et lotus, moins onéreux mais rappelons que la soie est issue des animaux. Ensuite, nous voyons un atelier où sont fabriqués des bijoux en argent, même si nous sommes sceptiques sur le fait que les bijoux soient faits sur place (on voit une seule personne couler l’argent à notre arrivée et il s’arrête dès que nous tournons les talons, et une ou deux personnes façonner les bijoux). Le comble est atteint à la fabrique d’ombrelles qu’il nous tenait à coeur de visiter : cela s’avère un tel attrape-touristes que je tourne le dos en pleine «  »démonstration » » (quelques ombrelles qui prennent la poussière, des laques et autres souvenirs qui traînent, deux trois Birmans qui font la sieste et se mettent à faire semblant de travailler avec des objets poussiéreux à notre arrivée), je suis déçue ! Je sais bien que je les ai probablement offensés en agissant ainsi, mais le niveau de l’arnaque était vraiment trop élevé pour moi cette fois.

Fabrique de soie vers la pagode Phaung Daw Oo

Nous nous rendons ensuite à une des sempiternelles pagodes dorées, qui est agréable à voir car elle est au milieu d’un village sur pilotis, puis partons pour Indein, un peu en retrait au sud-ouest du lac, où se trouvent, devinez … des pagodes ! Enfin, plutôt des stupas : stupa est le nom de l’édifice en forme de dôme tandis que pagode désigne plutôt le site bouddhique entier. Des milliers de stupas ici, qui rappellent Bagan en version miniature, certaines en très mauvais état, d’autres prises d’assaut par des arbres … Et la surprise : le lieu est également l’habitat de nombreux chiens et chiots, ce qui fait de cette balade un beau moment !

Pagodes à Indein

Nous reprenons la direction du lac, il faut descendre un cours d’eau pendant une demi-heure. Ce trajet sera mémorable, car c’est l’heure de la douche et nous voyons de nombreux locaux faire leur lessive ou se laver directement dans l’eau de la rivière, en famille ou entre amis, d’autres pêcher, ou longer la rivière accompagné d’une vache. C’est fascinant de voir toute cette vie centrée sur l’eau !

Indein – l’heure du bain

La dernière étape de cette belle journée sera une balade dans les jardins potagers flottants du lac Inle. Nous voyons des tomates mais de nombreuses autres plantes (courges, concombres…) poussent dans ces cultures, le lac étant peu profond (2m environ), les plantes ont leurs racines dans le sol et tiennent debout grâce à des piliers de bambou, tandis que l’eau riche en minéraux leur garantit une bonne nutrition. D’autre part, nous voyons des « potagers flottants« , d’une trentaine de mètres de long – en fait je ne sais pas combien mais nous les avons croisés en bateau et c’était long  ! – pour un mètre de large, ces étendues de boue, d’herbes et de plantes semblent servir de support à différentes cultures, et nous parviendrons à en croiser deux dans l’un des minuscules canaux entre les jardins, trimballé sur le lac par les Inthas qui placent un bateau à l’avant et un à l’arrière. Un magnifique coucher de soleil sur le lac conclut cette journée inoubliable.

Lac Inle, vers l’ouest – jardins potagers flottants

Le lendemain, nous optons pour une balade à vélo à destination d’une source chaude au nord est du lac, et c’est à nouveau l’occasion d’apercevoir maisons sur pilotis, rizières, buffles … 

Entre Nyaung Shwe et la source chaude de Khaung Daing

Nous quittons le lac Inle le jour suivant, destination Hpa An, dans une région encore peu touristique de la Birmanie, l’état Karen, proche de la Thaïlande. Le hic : il y a 14h de bus, que nous ferons de nuit, et ce trajet s’avère infernal pour moi, entre mon siège qui ne s’incline pas alors que celui de ma voisine devant si, et les routes sineuses de montagne, je dors environ une heure sur 14 – non sans assister à des moments mémorables comme croiser un cochon au milieu de la route ou voir un troupeau d’une centaine de vaches investir une station-service – et ne suis pas dans le meilleur état d’esprit pour visiter. Néanmoins, nous sommes accueillies par notre hôtel, que nous avons galéré à trouver car il n’y a qu’une poignée d’hôtels à Hpa An, et les moins chers étaient pleins ; un peu désespérées nous avons envoyé un message via Facebook à celui que tout le monde conseillait, et avons pu réserver ainsi, les bons côtés de Facebook ! C’est donc Kim, la sympathique maîtresse de maison qui semble connaître quelques mots dans toutes les langues, qui nous accueille et nous propose de profiter du petit déjeuner : sympa, des chapatis (galette indienne de blé) et une garniture aux pois chiches (moins sympa, un café soluble pas très buvable). Elle débarque en nous proposant de nous joindre à un tour pour la journée : ok, c’est parti !

Hpa An – entre Kaw Ka Taung Cave et Sadan Cave

Hpa An est une région présentant de nombreuses collines karstiques qui me rappellent Guilin en Chine, ce qui donne de magnifiques paysages avec collines et rizières verdoyantes, mais aussi des grottes à explorer, entre autres sources chaudes et piscines naturelles. Mais ce n’est pas ce qui me frappe en arrivant ici. Enfants et adultes nous sourient ou font coucou à chaque occasion, les villages que nous traversons sont bien entretenus et leurs maisons sur pilotis me rappellent le Laos et le Cambodge, nous voyons les paysans cultiver le riz dans des paysages idylliques … C’est vraiment incroyable, comme si je venais d’arriver dans un nouveau pays !

Hpa An – Sadan Cave pendant le tour en bateau

Nous visitons une première grotte (Kaw Ka Taung Cave), puis la gigantesque Sadan Cave où l’on peut faire un tour en bateau dans la grotte puis les rizières, le ciel est d’un bleu azur.  

Hpa An – Sadan Cave pendant le tour en bateau

Nous enchaînons avec une piscine naturelle : dommage, on était pas au courant ! du coup je ne mouille que mes pieds tout en trinquant avec les Birmans à côté de moi, qui sont ravis et s’empressent de faire une photo souvenir. On déjeune de riz frit aux légumes au bord de l’eau, puis part pour notre prochaine destination, la pagode Kyauk Ka Lat qui est située en haut d’un rocher, le temps est toujours aussi radieux ! 

Hpa An – Pagode Kyauk Ka Lat

Après deux grottes historiques où des milliers de petits bouddhas ont été sculptés dans la pierre, nous rejoignons la « grotte des chauve-souris » (Bat Cave ˆˆ) que j’avais particulièrement hâte de voir : chaque soir, des millions de chauve-souris en sortent à la tombée de la nuit. C’est un spectacle fascinant, calme avec le coucher du soleil sur la rivière, et vraiment impressionnant car le flot de chauve-souris ne s’arrête jamais alors que nous passons une bonne demi-heure sur place !

L’enchantement de Hpa An est un peu terni le soir lorsque nous voyons notre chambre à la propreté discutable et cherchons où manger en ville : la mission s’avère délicate ! on atterrit dans un restaurant local où je mange des nouilles frites aux légumes un peu dépitée, le « Lucky », et voyons au retour à l’hôtel qu’il est écrit à l’accueil à propos de ce resto « you’re lucky if you don’t see rats on the floor », hmm ce n’était peut-être pas le meilleur choix …
Le lendemain, nous louons une moto et explorons ce que nous n’avons pas vu la veille : d’abord une piscine naturelle près de la première grotte que nous avions vue. Je mets mes pieds dans l’eau fraîche, et surprise, de petits poissons viennent me mordiller les pieds, c’est sympa ! cela m’évoque la fish pedicure, que je n’avais jamais faite car elle implique des poissons, mais là ils sont dans leur habitat naturel, alors je les laisse faire !

Hpa An – piscine naturelle à côté de Kaw Ka Taung Cave

Ensuite, destination le restaurant « Thai Village » qui est proche de la grotte des chauve-souris et figurait en 1 sur le top des restaurants de Hpa An sur Tripadvisor. Et bien, on est plutôt déçues, à part le cadre qui est joli, la nourriture n’est clairement pas exceptionnelle, il faut dire aussi que le seul plat que je peux manger à leur cadre est … le pad thaï (mon repas de la veille au soir, ou le riz frit, mon repas de la veille à midi). Destination ensuite la grotte de Bayin Nyi, qui nous attire parce qu’elle comporte une source chaude naturelle. Nous arrivons après 20 bons kilomètres à moto : le décor est magnifique, les stupas dorés à front de falaise surplombant l’eau, le tout sous le même ciel bleu éclatant que la veille. Il n’y a personne, il faut dire qu’on est un peu loin des principaux sites de Hpa An.

Hpa An – Grotte de Bayin Nyi

 On trouve le bassin, qui est désert. Alors que je me baigne toute habillée (il faut couvrir le torse et les cuisses pour éviter de choquer la population!) dans l’eau de la température d’un bain bien chaud, sous un soleil de plomb, et que Maud se prépare à me rejoindre, nous voyons débarquer une vingtaine de Birmanes de tous âges allant de la fillette à la grand-mère. Elles portent presque toutes la tenue traditionnelle et du thanaka sur les joues, et semblent enchantées de nous voir.
La moitié d’entre elles me demande ce que j’imagine être « c’est chaud ? » et aucune n’ose se baigner à part les pieds. L’eau doit être trop chaude pour elles, pensons-nous. Au bout d’un moment, la doyenne du groupe, une petite grand-mère toute ridée à l’air très sympathique, choisit de lancer le mouvement : elle se change (on est aux premières loges) et revêtit un sarong, puis entre à l’eau et se met à nager énergiquement sous l’oeil admiratif de l’assemblée. L’une d’elles nous lance : Eighty-four ! 84 ans la grand-mère, et elle semble être partie pour en vivre encore quelques uns ! Je suis toute contente d’être là, dans ce joli cadre, en train de vivre un moment unique avec des Birmanes ! Elles aussi d’ailleurs, et elles immortalisent la scène, je ne vais sûrement pas leur en vouloir pour ça, j’aurais aimé faire pareil !
Nous repartons ensuite pour Hpa An, puis Yangon en bus : 6 minuscules heures de trajet qui nous font arriver à 1h dans la capitale. Après une bonne nuit de sommeil, nous consacrons notre dernière journée en Birmanie à faire des achats au génial Bokyoke Market où se côtoient locaux, souvenirs, petits stands de thé… puis repartons pour l’aéroport où se finit notre mémorable voyage au pays du sourire.
 
Petit aparté :  Pagodes de Bagan 
Je n’ai pas voulu inonder l’article de noms imprononçables ;), voici les pagodes que nous avons vues en gros et mes coups de coeur marqués d’un astérisque.
Nagayon Paya, Lay Myet Hna* (coucher/lever de soleil), Shwesandaw Paya, Law Ya Ou Shaung, Ananda, Shwe Gu Gyi* (coucher de soleil), Buledi, Sulamani, Dhammayangi*, le Shwe Nan Yin Taw (plein de petites pagodes en face de la Dhammayangi – coucher de soleil)*, Thatbyinnyu, Shwezigon*, Tha Gyar Pone, Tha Gyar Hit, et j’en ai certainement oublié !
Je recommande grandement l’utilisation de Maps.me qui nous a permis de découvrir certaines pagodes et spots pour le coucher de soleil. Toutes les pagodes que j’ai indiquées y figurent.

Quelques photos supplémentaires :
Bagan:

Bagan – complexe Shwe Nan Yi Taw

Bagan – lever de soleil vu de la pagode Lay Myet Hna

Bagan – lever de soleil vu de la pagode Lay Myet Hna

Bagan – vers le Sunset Garden

Bagan – pagode Dhammayangi 

Bagan – je ne me souviens plus !

Bagan – pagode Dhammayangi en fond

Bagan – pagode Dhammayangi 

Bagan – pagode Dhammayangi ou Sulamani

Le lac Inle :

<img src= »https://grassforpillow.files.wordpress.com/2017/12/img_20171210_093513-1484051351.jpg » alt= » » class= »wp-image-2228 aligncenter » width= »3000″ height= »2206″

Pêcheur intha et sa nasse traditionnelle en forme de cône


Nampan Market

Inle Heritage House


Fabrique de soie vers la pagode Phaung Daw Oo


Maisons sur pilotis vers Ywama


Indein

Hpa An :


Sadan Cave

Sadan Cave


Vers pagode Kyaut Ka Lat


Publicités

Carnets 19 – Birmanie – Yangon et Mandalay

J’arrive à Yangon, capitale de la Birmanie, en début de soirée. Après l’interminable file de l’immigration, mon voyage dans ce pays que je voulais absolument visiter depuis mes quinze ans commence en fanfare : mon trajet en taxi sera mémorable avec un chauffeur qui, dans un très bon anglais, me parle de : religion, méditation, famille, divorces, végétarisme – c’est moi qui lui ai demandé comment dire végétarien en birman. Il me demande pourquoi je le suis, je réponds que j’aime les animaux. « C’est une très bonne raison ! » me répond-t-il avant de me dire 4 ou 5 fois que c’est un bon choix. Je lui demande quelle est sa religion : « bouddhiste, mais pas trop fort ». Son père est chrétien et sa mère bouddhiste, il me dit : deux fois plus d’occasions de faire la fête et d’être heureux ! Nous apercevons les décorations de Noël, je lui demande s’il le célèbre vu la religion de son père : réponse, oui, et il commence à me décrire à quoi ressemble son Noël. On mange beaucoup, on attend minuit, on offre des cadeaux, bref comme en France, le froid d’hiver en moins ! Il est ravi d’apprendre à quel point c’est similaire dans mon pays. Il m’encourage également beaucoup pour la méditation, et me raconte une petite histoire à ce sujet – en s’excusant toutes les deux minutes de son niveau d’anglais alors qu’il est très bon et je comprends bien ce qu’il veut me faire passer comme message. Un vrai bonheur !

Yangon

Je retrouve ensuite Maud à l’hôtel et nous partons dîner à la recherche de la « rue de la bière » que l’on trouve finalement après avoir arpenté les rues de Yangon, toutes bouillonnantes d’activité. Nous atterrissons dans l’un des bars de la rue où nous commandons nos premières Myanmar et du tofu grillé. Aïe, le tofu s’avère particulièrement mauvais. Cela ne ternit pas ma soirée !

Yangon – pagode Shwedagon

Le dimanche, nous partons visiter Yangon en taxi. La pagode Shwedagon toute dorée, lieu Birman le plus sacré avec quatres reliques bouddhiques, une pagode avec un cheveu de Bouddha, une tentative de restaurant en bord de lac pour finalement se retrouver avec des plats bien différents de ce qu’on a commandé et abandonner, … Il n’y a pas énormément de choses à voir à Yangon mais c’est un plaisir de voir les Birmans vivre conformément à leurs traditions : une grande majorité d’entre eux porte le longyi, grand morceau de tissu souvent à carreaux, noué comme une jupe longue, et arbore du thanaka, poudre de bois de santal mélangée à de l’eau et appliquée sur les joues ou le front dans un but de protection solaire et d’esthétique. Déjà, nous trouvons l’atmosphère très particulière. C’est au retour que je réaliserai que les Birmans sont relativement « protégés » de la mondialisation dans la mesure où ils respectent beaucoup leurs anciennes coutumes, malgré quelques intrusions du monde occidental : tenue, thanaka, habitudes alimentaires – street food, petits stands de rue où prendre le thé à toute heure … Je les trouve personnellement bien moins « occidentalisés » que d’autres pays d’Asie que j’ai pu voir et cela me plaît beaucoup.

Du thanaka, le motif feuille est plutôt répandu ! Normalement c’est sur les joues qu’il est porté mais j’avais quelques doutes.

Le soir, nous partons en bus pour Mandalay, deuxième ville du pays. Après un resto indien qui nous inspirait bien plus confiance que le bouiboui du midi, nous partons pour l’aventure et passons une bonne heure à patienter à la compagnie de bus en centre-ville, à attendre que l’on nous emmène à la gare routière à une heure de route. Nous sommes arrivées en avance certes, mais l’heure tourne. Maud tente les toilettes : « c’est un trou dans le noir, on va éviter« . Effectivement … alors que le retard du pickup approche la demi-heure et que je commence à stresser un peu, l’univers m’envoie un message fort au moyen de la radio qui jusqu’ici passait de la pop birmane plutôt criarde et se met à diffuser Uptown Funk, qui me met instantanément le sourire, en 2 minutes, mon moral repasse au beau fixe ! C’est parti pour Mandalay 

Yangon – l’un des innombrables bouddhas des innombrables pagodes !

La compagnie de bus que nous prenons pour cette première nuit de bus est la Rolls des bus birmans, JJ Express: bus neuf, prêt de couvertures, écran dans le siège comme dans l’avion (avec des films et jeux, notamment Candy Crush Saga qui est très drôle à bord d’un bus sur une route en mauvais état). Nous débarquons à Mandalay dans un hostel où je constate avec bonheur que le café est gratuit : ce sera souvent le cas dans les auberges de Birmanie, et maintenant que j’écris ces lignes, j’y ai passé 5 nuits de bus parfois difficiles, et je comprends pour le café ! Puis nous partons pour un restaurant local servant des petit-déjeuners. Je garderai un super souvenir de cet endroitparmi les plus authentiques du voyage : serveurs qui crient les commandes à la cuisine ouverte, thé vert à volonté dans une thermos sur la table, un monde fou, les locaux dégustant des plats salés ou sucrés tout autour de nous, les grosses bouilloires métalliques où fume l’eau pour le thé, bref un joyeux vacarme qui nous plonge directement dans la vraie Birmanie ! Maud opte pour une crêpe à la banane et moi du riz (vous l’aviez deviné, non ?) noir gluant en porridge au sésame, un vrai délice ! Bon, j’ai eu un café au lait, donc je me rattrape avec le thé, mais je me rappellerai de ce petit déjeuner !

Petit déj birman : porridge de riz noir gluant

Le programme ensuite est d’explorer la ville en moto avec un chauffeur. Après quelques négociations acharnées – domaine dans lequel Maud est bien meilleure que moi – nous finissons par trouver un chauffeur pour la journée. Pagodes, vue sur la rivière où les femmes lavent et font sécher leur linge, fabrique de feuilles d’or où retentit le rythme des marteaux pour aplatir le métal, monastère antique en bois Shwesandaw, marché bondé Zegyo où le thanaka côtoie les fruits et légumes, murailles du Palais Royal qui permettent de belles photos … Mandalay nous plaira beaucoup !

Mandalay – Palais Royal

Notre chauffeur Thaw a fait des études d’archéologie et se retrouve à faire le guide touristique, mais nous glisse quand même qu’il espère que le gouvernement lui trouvera un job, on ne peut qu’espérer avec lui. Cela me fait un peu de peine car il est clairement passionné par l’histoire et la culture de son pays et nous raconte tout ce qu’il peut à chaque monument que nous voyons. 

« I’m black you’re white ! – Different is good! »

Au bord de la rivière, alors que nous contemplons tout heureux le panorama, baignés de soleil, nous discutons également de méditation (je saisis chaque occasion d’en parler !), il est bouddhiste et sa méditation est basée sur la maîtrise du souffle. Je suis assez surprise car j’associais méditation bouddhiste à réciter des mantras comme nous l’avons vu en Thaïlande, c’est peut-être plutôt l’affaire des moines. Voyant l’enthousiasme et la gentillesse de notre guide, je dis à Maud que cela me fait mal au coeur de lui donner moitié moins que notre chauffeur de Yangon qui s’était contenté de nous transporter. Finalement nous lui donnerons un peu plus que le prix négocié au départ.

Mandalay – monastère Shwesandaw

Notre journée s’achève sur un coucher de soleil vu du toit de l’hôtel et un excellent resto végétarien aux saveurs indiennes. 

Notre deuxième jour à Mandalay sera consacré à l’exploration des environs de la ville : nous louons une moto et partons, d’abord pour la colline de Sagaing qui offre une vue sur les environs, puis pour Inwa, ancienne capitale royale au XIV/XVe siècle, mais hélas dévastée par les tremblements de terre. C’est toutefois une balade agréable car l’accès depuis Sagaing se fait en traversant une rivière en bateau, pas de problème pour la moto, elle peut prendre le traversier, et on trouve même un Birman qui accepte de s’occuper de lui faire descendre la pente abrupte et caillouteuse menant à la rivière ! Installées dans la barque, nous voyons donc notre moto être rangée à l’avant du bateau, où elle prend toute la largeur. Trop facile, comme dirait Andréa !

Inwa – Notre vaillant destrier sur le bateau

A Inwa, pas de routes, mais des chemins en mauvais état : seules circulent les calèches et les rares motos ayant tenté l’aventure. Je ne suis pas rassurée du tout compte tenu de mes récents exploits à moto, mais profite quand même de la sérénité de l’ancienne capitale, où dominent arbres et vieilles pagodes. 

Inwa – Ce jeune moine m’a demandé une photo, j’en ai voulu une aussi, mais du coup chacun regarde son photographe…

Ensuite destination le pont U Bein, une des curiosités de Mandalay. Nous avons droit en chemin à un joli spectacle : des Birmans se baignant dans la rivière avec en fond le soleil couchant. Puis nous arrivons au pont proprement dit, qui est particulièrement long, on le quitte rapidement pour observer le coucher de soleil avec le pont au premier plan. Je me fais la réflexion que pour une fois, c’est grâce aux touristes que le paysage est aussi beau : sans les silhouettes, ce serait moins photogénique, non ?

Pont U Bein près de Mandalay

Nous rentrons ensuite à Mandalay où la conduite de nuit s’avère tout aussi sportive que de jour, et finissons par rendre la moto et dîner au même resto végétarien que la veille. Après un petit tour à la fête foraine dans la rue où Maud me gagne une brosse à dents en jouant aux fléchettes (ça c’est une vraie amie!), nous partons pour Bagan !

Quelques photos supplémentaires :

Yangon :

Temple dans le quartier chinois

Pagode Shwedagon

Mandalay :

Pagode Mahamuni

Pagode Mahamuni

Mandalay – Les bords de rivière :


Mandalay –  monastère Shwesandaw :

Mandalay – la pagode du plus grand livre du monde :

Inwa :

Pont U Bein :

Carnets 18 – Bangkok, Bali et bus trip indonésien

J’étais déjà venue à Bangkok et en gardais un bon souvenir, nous étions un groupe d’amis venus du Laos et venir après un périple en train et depuis le Laos où tout est petit  nous a donné l’impression de débarquer dans la mégalopole !  C’est donc avec un grand plaisir que j’ai retrouvé la fameuse Khao San Road où logent tous les backpackers débarquant dans la capitale : bars, boutiques et street food nous tendent les bras et nous filons manger un mango sticky rice . C’est tout aussi sympa que dans mes souvenirs, voire plus après l’étape Phuket, et je redécouvre de petites rues autour de Khao San (la rue Rambuttri à l’ombre des arbres) et des restos vraiment jolis, et le tout bien moins cher qu’à Phuket !

Khao San Road, Bangkok

Destination le palais royal, particulièrement fréquenté par les touristes, où la mission est de réussir à couvrir les parties de notre corps nécessaires sans louer un sarong. On passe par l’université où a lieu une remise de diplômes, des quartiers grouillant de monde, d’échopes, de street food : c’est l’Asie, la vraie ! A Bali je n’en avais eu que la version miniature ! 

Le palais royal et le temple Wat Pho

Nous partons pour Wat Pho qui est facile à rejoindre à pied d’ici et où se trouve un immense Bouddha couché de 40 m de long. Je ne me souvenais pas que c’était aussi grand et varié ! On est accueillies avec le sourire et une bouteille d’eau aux couleurs du temple. Le Bouddha est toujours aussi impressionnant, j’en ai vu un paquet depuis 2012 mais c’était l’un de mes premiers !

Wat Pho : les pieds du Bouddha

Le soir, nous nous installons dans un des agréables restos de Khao San Road avec terrasse et fontaine et j’ai enfin l’occasion de déguster de la salade de papaye verte à la thaïe (assaisonnée avec des épices, du citron vert, de la sauce soja et des cacahuètes, un bonheur – comme c’est cru j’attendais d’être à un endroit qui m’inspirait confiance). On se couche tôt car le lendemain, c’est marché ! 

Salade de papaye

On commence par un marché particulier car il est situé sur des rails de train à Maeklong, à une heure ou deux de Bangkok. Nous sommes lâchées en ville et guidées dans des ruelles minuscules pour finalement déboucher en plein sur les rails . Il y a du monde (mais maintenant nous sommes immunisées …) mais cela n’ôte pas le charme de cet endroit minuscule à peine plus large que les rails du train, et sur lequel les locaux ont tant bien que mal réussi à caser un marché haut en couleur. 

Marché du train de Maeklong

Le train arrive dans dix minutes, nous commençons à chercher un passage pour éviter de nous faire écraser. Ce n’est pas chose facile et on finit par se mettre entre deux étals , à côté du stand d’une petite mamie. Nous faisons de notre mieux pour laisser passer locaux et touristes quand soudain, tout le monde commence à crier : le train va arriver !

Marché du train de Maeklong

La mamie fait signe à Andréa de venir à côté d’elle : nous avons de la chance car j’ai plutôt l’impression que les marchands sont agacés par les touristes et peu en invitent derrière leur étal. Du coup nous avons une vue imprenable sur les évènements : le train arrive et il occupe TOUT l’espace ! Il longe les murs et les produits posés à terre avec à peine quelques centimètres de marge, c’est impressionnant !

On aurait bien acheté quelque chose à notre petite mamie pour la remercier mais ses produits (poisson séché ...) nous intéressent moyennement. Nous faisons alors la bêtise de lui proposer un peu d’argent en espérant qu’elle comprenne cela, que l’on aurait préféré acheter chez elle. Oups, elle refuse catégoriquement, on l’a vexée ! C’est vrai qu’on aurait mieux fait d’acheter, pour que ce soit clair, mais j’ai du mal à réfléchir normalement depuis Phuket !

La deuxième étape est le marché flottant d’Amphawa qui est particulièrement folklo aussi : uniquement pour les touristes (on n’a vu aucun local), il consiste en un canal saturé de petits bateaux, les uns trimballant des touristes, les autres de la street food ou des souvenirs. C’est plutôt amusant comme expérience même si on voit les mêmes souvenirs que dans toute la Thaïlande et que la sympathie des bateliers est variable. 

Marché flottant d’Amphawa

Les barques saturées de fruits ou de chapeaux de paille forment un tableau coloré, égayé par celles vendant de la street food et leurs panneaux fluos annonçant « Fried Banana », « Pad Thaï » ou autre. Après une petite promenade en bateau et de nombreux embouteillages, nous partons à pied autour du canal explorer un peu, et décidons d’acheter des bananes frites à une dame qui les fait depuis sa barque, dans une énorme marmite d’huile qu’un réchaud maintient à bonne température . C’est déjà très ingénieux, mais le mieux est à venir lorsque j’achète mes bananes : comme un autre bateau nous sépare, je les reçois grâce à un petit panier au bout d’un bâton – tout est prévu ! Idem pour me rendre ma monnaie, qui m’arrive presque instantanément du coup. Une vidéo rendra mieux compte de l’ingéniosité du système !

S’en suit un tour en bateau à moteur sur les canaux du village, l’occasion de voir quelques maisons sur pilotis . Le soir dans Khao San Road, je craque et achète une petite guitare : trois mois et demi sans pouvoir en jouer, c’était beaucoup trop long ! La soirée en auberge sera consacrée à mes retrouvailles avec les six cordes et j’aurai même un public puisque deux Anglais du dortoir m’écoutent, m’encouragent  et me demandent de jouer du Red Hot Chili Peppers. Je galère un peu car la guitare est bien plus petite que la mienne, mais ma performance leur plaira, ça fait très plaisir !

Say hello to my little friend!

Le mardi est consacré à la visite d’Ayutthaya, ancienne capitale du pays, où nous allons explorer les nombreux temples anciens (du XIVe au XVIe siècle) sous un soleil de plomb. De sa fondation au XIVème siècle au XVIIIe siècle où les Birmans s’en emparent, la capitale de Siam aura été le centre politique, culturel et économique du pays, alors en pleine expansion (tentatives de conquête du Cambodge ou du détroit de Malacca…), Ayutthaya sera une des cités les plus peuplées du monde avec un million d’habitants au XVIe siècle. Malheureusement, la guerre constante contre les Birmans aura raison de la ville et au milieu du XVIIIe siècle elle tombe sous leur emprise et Bangkok devient capitale.

Ayutthaya – Wat Yat Chai Mongkhon

Le premier temple que nous visitons s’appelle le « temple de la victoire », Wat Yat Chai Mongkhon, en mémoire d’une victoire du roi thaï contre son adversaire birman en combat seul à seul à dos d’éléphant,  qui vaudra son nom définitif à ce temple ayant déjà 200 ans à ce moment-là et étant régulièrement impliqué dans l’histoire d’Ayutthaya. Un grand Bouddha couché débute la visite, puis nous partons explorer le lieu et ses nombreuses vieilles pierres rouges et statues de Bouddha. Ce sont les premiers temples de pierre brute que je vois en Thaïlande, rien à voir avec les dorures habituelles : je suis enchantée des couleurs rouges, beige et gris qui se mêlent, réchauffées par le soleil.

Ayutthaya – Wat Yat Chai Mongkhon

Nous verrons ensuite différents temples retraçant l’histoire d’Ayutthaya, l’un comportant une tête de Bouddha au milieu des racines d’un arbre (Wat Phra Mahathat, Maha signifiant « grand » comme dans « Taj Mahal » ou « Mahatma Gandhi ») suite au sac d’Ayutthaya par les Birmans au XVIIIe siècle, ces derniers ayant décapité toutes les statues de Bouddha sur leur chemin, d’où le fait qu’un arbre ait grandi autour de cette tête’ d’après la légende. 

Ayutthaya – Wat Phra Mahathat

Cela s’avère un peu compliqué pour les photos car il ne faut pas dépasser Bouddha, et donc s’accroupir ! Un autre temple comportera des éléments d’architecture hérités d’Angkor Wat au Cambodge, rappelant la convoitise des Thaïs pour cette région mais aussi l’influence culturelle énorme d’d’Angkor , et sera particulièrement préservé et paisible, un temple plus récent comporte une gigantesque pagode blanche, bref, on en voit 5 ce jour-là, difficile de ne pas les mélanger.

Ayutthaya – Wat Phra Mahathat – les pagodes au bout arrondi comme celle de gauche sont dans le style d’Angkor

Je me dois de mentionner que nous avions réservé notre excursion dans un hôtel sud-coréen (où tous les panneaux étaient en coréen) dans l’espoir d’en avoir dans le groupe. Il n’y en avait que deux mais ils ont veillé sur nous toute la journée !

Nous rentrons à Bangkok et au lieu de retourner à notre hostel bruyant, nous nous faisons plaisir avec une nuit dans un hôtel avec piscine et vue sur la ville, magnifique au coucher de soleil avec les temples qui se parent d’or. Notre dernier jour sera consacré au farniente et à la gourmandise, le lendemain, Andréa et moi nous faisons nos adieux et partons respectivement pour Séoul et Bali !

Khao San Road, Bangkok

Mes dix premiers jours sur place seront idylliques. Je me repose, fais entre deux et quatre cours de yoga par jour à la « Yoga Barn«  temple du yoga d’Ubud , passe des heures dans des cafés avec vue sur les rizières à bouquiner et boire des jus de fruits frais …

 Je fais des rencontres : Made le guérisseur que je vais voir (médecin traditionnel balinais comme Kettut Liyer dans le livre/film Mange Prie Aime, qui examine corps et esprit sans me toucher mais en se concentrant sur l’énergie qu’il perçoit, puis lit les lignes de la main, non sans conclure pour moi : « tu ne manges pas de viande mais as une très belle énergie » ), Martina, prof de yoga fraîchement diplômée, Nyoman de l’auberge qui sera aux petits soins pour moi, Aline du Sud de la France avec qui je vais au yoga et qui vient de faire dix jours de méditation silencieuse Vipassana…   Ces jours de calme me permettront d’intégrer tout ce qui m’est arrivé précédemment, seront très riches spirituellement, et compteront parmi les plus heureux de ma vie.

Studio de yoga de la Yoga Barn, Ubud

Puis vient le dernier weekend : le mont Agung, qui se tenait à carreau jusque là, décide de commencer son éruption . Je vois tous les vols être annulés petit à petit, dont celui de mon amie Marie (du Burning Man) qui devait me rejoindre pour deux jours à la fin de mon séjour. Je commence à me dire que si je veux arriver en Birmanie en même temps que ma meilleure amie qui m’y rejoint, il va falloir élaborer un plan B. Le lundi, je me donne jusqu’au lendemain pour me décider. La situation ne s’est pas arrangée : il va falloir rejoindre un autre aéroport. J’ai le choix entre Surabaya et Jakarta, tous deux situés sur l’île de Java, à l’ouest de Bali. Surabaya est au milieu de l’île et Jakarta à son extrémité ouest. Par mesure de précaution je choisis Jakarta, situé à 1000 km de Bali contre 400 pour Surabaya : les cendres auront un plus long chemin à parcourir ! et j’ai plus de chances de trouver un vol vu que Surabaya sera probablement pris d’assaut. Je prends le premier ticket de bus disponible, il est à 14h la veille de mon supposé vol, en cas d’une reprise du trafic. Le trajet de bus est de 24h dont un petit passage en ferry entre Bali et Java.

Juste avant de partir, j’apprends que mon vol est annulé, ouf, cela m’évite d’être dans l’incertitude pendant tout le trajet pour savoir si je serai remboursée ou non du billet. Je fais mes adieux aux Balinais de l’auberge et enfourche mon « Uber scooter » (appelé Go-jek en Indonésie) pour le terminal de bus voisin. Mon bus pour Jakarta apparaît enfin au terminal en pleine ébullition. Je m’installe, ma voisine indonésienne a l’air enchantée d’être à côté de moi. Et c’est parti !

Les 24 premières heures de trajet seront vraiment agréables. Le bus est confortable, je parviens à dormir la nuit, les indonésiens sont très propres, et surtout je fais la connaissance de ma voisine, Yetti, avec qui je parviens à communiquer même si son seul mot d’anglais est « good » et mon seul mot indonésien « merci« . Avec les mains, le visage, les photos sur le téléphone portable  … j’arrive à comprendre qu’elle a la quarantaine, trois filles, vient de près de Denpasar la capitale de Bali  et est mariée à un militaire. De son côté, elle est toute fière de m’avoir rencontrée et me montre à toutes les personnes qui l’appellent en vidéo : « regarde ma voisine !! » Je récolte un bon nombre de compliments après la Thaïlande où j’avais beaucoup moins de succès qu’Andréa qui apparemment pulvérisait tous les critères de beauté locaux ! – et nous faisons quelques photos souvenir. Elle veille également sur moi, me paie de petits trucs à manger bien que j’aie largement de quoi payer mais je comprends toujours les évènements avec un train de retard … – par exemple des bananes légumes cuites qui seront un délice, parfaite je vous dis ! elle garde un oeil sur moi pendant les pauses, me prévient quand le bus s’arrête, mange avec moi  … oui parce que nous avons droit à 3 repas pendant ce trajet, dans de petits selfs (où je n’ose pas toucher à autre chose que du riz blanc hélas) plutôt sympathiques.

Le panorama pendant le trajet aura également été magnifique, des rizières en terrasse et forêts balinaises à la tranquille campagne javanaise, ses rizières plates à perte de vue et ses mosquées colorées.  Le souci, c’est que le trajet est censé se terminer à 14h le jeudi – confirmé par Yetti – et que lorsque vers 11h30 je regarde le nombre de kilomètres restants, je vois que nous sommes à 400 km de la capitale. Les heures suivantes seront assez difficiles pour moi car nous sommes coincés dans les bouchons et inondations  et que je commence à réaliser que nous n’allons pas arriver sur place avant le soir, voire le milieu de la nuit, j’abandonne mes espoirs d’avoir un vol le jour même. Voir les maisons inondées au bord de la route est un choc pour moi et me fait réaliser que : tout va bien pour moi , tant pis pour le vol, le remboursement et compagnie : je suis bien installée, en bonne compagnie, je n’ai pas à me plaindre, tout va bien !

Lors du dernier repas, Yetti me demande si je veux du « ess » (sûrement pas la bonne orthographe). Evidemment je ne comprends pas, alors j’accepte pour tenter : super, il s’agissait de thé glacé avec une énorme dose de sucre. Je propose à Yetti de trinquer et elle le fait avec un grand sourire, puis me regarde et me dit : « memory ? » avec son joli accent. Je lui réponds : « good memory » ! Elle renchérit avec quelque chose comme « Ingrid memory Yetti? »  en me regardant très intensément et sérieusement, ce qui achève de m’émouvoir

Bien sûr que je me souviendrai de toi Yetti. Tu as veillé sur moi, as été très généreuse, as réussi à me parler d’un tas de choses pendant 35 heures, m’as rassurée en voyant mon stress augmenter avec mon vol (en me mettant une main sur l’épaule et me parlant tout gentiment, j’ai maudit la barrière de la langue!) sans rien attendre en retour à part te demander si je me souviendrai de toi ! J’essaie de lui répondre que oui, bien sûr, et soudain je me souviens que je connais le mot indonésien pour dire ami : « toman ! » que je lui lance fièrement. Le sourire qui illumine le visage de Yetti à ce moment-là vaut à lui seul une centaine d’heures de bus.

Une de mes plus belles rencontres : Yetti

Au lieu d’arriver à 14h, nous débarquons à Jakarta à minuit après 2-3 heures de bouchons. Hélas ma voisine n’est plus là, elle est sortie vers 22h. Me voyant stresser à propos de mon vol (j’avais un vol Bangkok – Yangon le soir même que je n’avais pas pensé à décaler car je comptais le faire une fois arrivée à Jakarta mais du coup j’ai loupé l’horaire, du coup j’ai essayé de le faire sur le téléphone de Yetti sans succès, puis lâché l’affaire), elle entame une grande conversation avec un indonésien de l’autre côté de l’allée du bus. Il finit par me dire en anglais qu’il restera avec moi le temps que mon Uber scooter pour l’aéroport arrive et me montre des hôtels à l’aéroport. 

J’en conclus donc : 1. qu’il parlait anglais et que ça aurait bien été utile pendant les 35 heures quand Yetti et moi ne pouvions nous comprendre, mais ce n’est pas grave ; 2. que Yetti l’a convaincu de m’aider car elle doit avoir peur que je ne puisse pas rejoindre l’aéroport où que je ne sache pas où dormir ; 3.  qu’il est aussi gentil qu’elle car il me donne son numéro de téléphone  en cas de pépin.

Je parviendrai finalement à arriver à l’aéroport (à 2h du mat- au moins la compagnie de bus nous offre le transfert ...), me faire rembourser mes deux vols (à 4h horaire d’ouverture du comptoir), réserver un hôtel (à 6h, tout etait plein…), voir enfin le chauffeur se pointer pour venir me chercher (à 7h30, soit 1h30 après ma réservation , je le fusille du regard), et réserver un vol pour la Birmanie avec une escale à … Kuala Lumpur pour la 3e fois de ce voyage. 

Mon périple de 35h de bus suivi d’une nuit blanche se conclura donc par 14 délicieuses heures de sommeil et un vol très agréable où je sympathise avec mon voisin Malaisien et ma voisine Arya, Indonésienne ayant vécu 14 ans à Phuket qu’elle a quitté pour Paris pour rejoindre son mari – plutôt cocasse de discuter de la banlieue parisienne dans ces circonstances. Et finalement, c’est dans un avion aux trois quarts vide que je décolle pour Yangon : la Birmanie, ça se mérite !


Quelques photos supplémentaires:

Bangkok : temple Wat Pho

Marché flottant d’Amphawa:

Ayutthaya :

Bali :

Carnets 17 – Thaïlande – Chiang Rai et Phuket

Nous arrivons en soirée à Chiang Rai et nous dirigeons vers notre auberge qui est un peu difficile à trouver car elle est mal indiquée sur Google Maps, mais nous nous faisons indiquer le chemin par un adorable réceptionniste d’hôtel. Il n’y a plus grand chose d’ouvert au centre-ville et nous atterrissons au « café à chats » après avoir réservé notre excursion du lendemain qui fera le tour des points d’intérêt du coin, notamment la frontière avec le Laos et la Birmanie.

 Temple Blanc, Chiang Rai



Le lendemain, on part tôt. Le bus est rempli de filles, dont la moitié sont Françaises, et le guide plutôt marrant. Premier arrêt : le Temple Blanc qui a la particularité d’être basé sur la pop culture et comporte de nombreuses statues telles que Predator, Terminator ou Iron Man, « pour intéresser les jeunes » d’après notre guide. J’aime beaucoup l’entrée du temple qui se fait au milieu de sculptures de mains semblant émerger du sol, glauque à souhait ! 

Temple Blanc, Chiang Rai

L’intérieur du temple ne peut être photographié, et c’est dommage car il comporte une fantastique peinture murale sur laquelle on peut distinguer des personnages de Star Wars, Matrix, Pokemon, les tortues Ninja et une bonne cinquantaine d’autres ! Nous sommes enchantées de ce lieu de culte hors du commun, à la fois magnifique de l’extérieur et ludique à l’intérieur !

Temple Blanc, Chiang Rai

On visite ensuite le « Temple Bleu« , presque aussi original que le précédent par ses décorations toutes bleu et or, cela change des dorures et couleurs primaires pas très bien assorties des temples de Chiang Mai ! Entre temps, on (enfin surtout Andréa) a fait la connaissance de nos voisines de bus : deux nous plaisent particulièrement, elles viennent de Marseille et ont toutes deux quitté « leur travail, leur mec, leur appart » et sont retournées vivre chez leur mère avant de partir à l’aventure ! 

Temple Bleu, Chiang Rai

Dans le bus, le chauffeur nous demande qui est intéressé par le village des Karens (tribu vivant au Nord de la Thaïlande et en Birmanie) « long neck », les « femmes girafes » qui ajoutent une fois par an un collier à leur cou jusqu’à ressembler effectivement à des girafes. Nous avons recherché les origines de cette tradition : soit c’est lié à une protection contre les morsures de tigre (probablement métaphoriquement …), soit c’est pour enlaidir les femmes pour qu’elles ne se fassent pas enlever, soit au contraire cela accentue le critère de beauté qu’est la longueur du cou. En bref, on hésite entre diverses explications mais on est globalement sur une tradition douloureuse, sexiste et pouvant être mortelle (si les colliers sont retirés). Trois autres françaises du bus souhaitent malgré tout y aller, avançant l’argument que « sinon cela va disparaître » et nous échouons à les convaincre que parfois il vaut mieux que certaines traditions disparaissent, par exemple quand elles sont barbares ou mortelles. Nous arrivons au moins à convaincre les Marseillaises qui hésitaient déjà beaucoup.

Temple Bleu, Chiang Rai

De plus, le « ça va disparaître » n’est pas vrai pour les Karen. Autant c’est vrai pour les « petits pieds » en Chine qui étaient également une torture pour les femmes, mais a été déclaré illégal, autant c’est je l’espère vrai pour l’excision en Afrique qui contre laquelle un combat d’envergure est mené internationalement, autant chez les Karen, la manne que cela représente me laisse penser que cela peut stagner, voire augmenter, il n’y avait qu’à voir les bus de touristes sur place. Je sais bien que ces gens doivent manger, mais suis plutôt indignée contre les Françaises qui en sachant tout cela y sont allées quand même, et sont revenues mitigées (sauf celles qui nous a dit l’air ravie qu’il y avait « même de petites filles qui avaient déjà des colliers » ! Bref..).

La campagne Karen

A la place du village des long neck, nous allons nous promener un peu dans les rizières alentour pour une balade tranquille et ensoleillée à parler de voyages avec nos Marseillaises, suivie d’une dégustation de chips de banane.

La campagne Karen

La visite suivante est la jolie plantation de thé Choui Fong où nous dégustons différentes sortes de thé et admirons le panorama formé par ses rangées de buissons presque sphériques soigneusement alignés. Elle est suivie de « la grotte aux singes« . Près d’une montagne à la paroi abrupte, on peut voir de nombreux petits temples et une armée de singes qui m’ont l’air beaucoup plus exploités qu’à Bali, il n’y a qu’à voir le bâton que l’on nous fournit à l’entrée, les quantités de nourriture pour singe et les coups de bâtons qu’ils se prennent s’ils essayent de s’en aller.

Grotte aux singes, Chiang Rai

Andréa a la présence d’esprit de se demander « il ne doit pas y avoir une grotte quelque part ? » et le guide nous indique un escalier s’élançant à l’assaut de la montagne. Nous préférons ce spectacle aux singes et nos deux copines nous emboîtent le pas. Cela grimpe sec et nous débouchons sur l’entrée d’une petite grotte, accueillies par un thaï rayonnant que nous sommes toutes désolées de ne pas comprendre. La grotte est très apaisante : petite, embaumée d’encens, à peine éclairée par une ouverture tout en haut, un autel à l’effigie de Bouddha y trône, éclairé par quelques bougies seulement. Seuls deux ou trois fidèles sont là et ils finissent par partir. Nous devons nous déchausser pour nous approcher comme souvent dans les temples bouddhistes.

Temple de la grotte aux singes, Chiang Rai

Je suis très marquée par cet endroit, par le fait que les gens aient taillé cet escalier interminable, qu’il y ait une présence religieuse dans un endroit si reculé. Cette toute petite grotte aura été un moment fort pour moi. En sortant, je fais un don au petit vieux à l’entrée, cela a l’air de servir à allumer les bougies ce qui me convient très bien. Il nous remercie si chaleureusement et longuement que l’une de nos copines conclut que personne ne doit jamais rien lui donner. Nous admirons le panorama sur la montagne avant de repartir. C’est l’heure du déjeuner (les touristes israéliennes qui râlent depuis deux heures comme quoi elles ont faim vont être contentes). Le guide nous alerte : si on mange trop, la voiture ira moins vite !

Plantation de thé Choui Fong, Chiang Rai

Au déjeuner, on fait la connaissance de Regine qui vient de Malaisie et a bien voyagé en Asie. On discute pas mal, et en entendant elle et Andréa parler de son pays je me promets d’y aller un jour. Nous partons ensuite pour la frontière Birmane, où je peux mettre un pied dans chaque pays, et à qui je murmure intérieurement : à dans un mois ! Une énorme statue de scorpion dirigée vers la frontière nous intrigue. Réponse : c’est pour impressionner les Birmans, mais soyons rassurées : ils ont une statue de cobra géant de leur côté !

La Birmanie à gauche et la Thailande à droite, Mae Sot

Ensuite, direction le Triangle d’Or où je suis assez émue de voir le Laos si proche, dont je garde un merveilleux souvenir (et où je retourne en décembre). Nous expliquons au guide que chez nous aussi il y a trois frontières, le Luxembourg, l’Allemagne et la France …c’est tout de suite moins intéressant ! 

Le Triangle d’Or : au premier plan la Thaïlande, la pointe = la Birmanie, à droite le Laos

Après un beau panorama sur la frontière laotienne, c’est parti pour visiter le musée de l’opium. L’entrée est payante, du coup il n’y a que nous et les Marseillaises (ça devient prévisible, non ?). Evidemment cela ne coûte rien, et en plus le chauffeur nous offre la place (bon là par contre on se dit qu’il s’est peut-être trompé). C’est vraiment intéressant car on a droit à l’histoire de la région et des différentes tribus nord-thaïlandaises. On sourit à certaines choses – la recette de l’ecstasy, des coloriages d’enfant sur le thème des graines de pavot, des panneaux (« la cigarette c’était l’ami d’hier et l’ennemi aujourd’hui »), à d’autres pas du tout – les légendes locales comportant leur lot de fidélité conjugale, viols collectifs et j’en passe.

Musée de l’opium

Nous retournons à Chiang Rai, passons par le marché de nuit puis craquons pour un resto italien. Le nombre de Français sur place est surprenant, les panneaux du marché de nuit sont même traduits en français. On ne saura pas vraiment pourquoi : la ville a sûrement trois étoiles au guide du Routard (nous, on lui en met 3, c’est sûr !). Après un repos bien mérité dans notre auberge rasta et ses nombreux hamacs, nous décollons pour Phuket, où nous voulions dormir avant de rejoindre une plage sympa où passer quelques jours.

Plage de Phuket

Sauf qu’en fait, non ! Notre première heure à Phuket nous donnera un a priori très négatif sur la ville. La nourriture est plus chère que partout ailleurs en Thaïlande, les excursions dans les îles de la baie sont à des prix exorbitants (90€ la journée !), c’est noir de touristes, et le pire est à venir : la très gentille réceptionniste de notre guesthouse à Patong nous a dit d’aller à Bangla road car c’est là que sont les bars. Nous quittons la sympathique Halal street où nous avons mangé libanais pour un prix correct (et les falafels ça n’a pas de prix) et débarquons en enfer, où en tout cas ce que j’en ai vu de plus proche dans ma vie : des prostituées partout, dans les bars, dans la rue, un public uniquement masculin et majoritairement blanc de plus de 50 ans, des rabatteurs agressifs qui te collent sous le nez leurs prospectus en criant « fuck show » et ne te lâchent pas, on fuit tout de suite pour se réfugier ailleurs. Pour les activités sur place, on verra demain.
Bon, pour être honnête, on est allées au pire endroit de Phuket. J’ai vu plusieurs fois « Patong est le nouveau Pattaya » depuis sur internet et cela veut tout dire. On aurait dû mieux se renseigner, mais l’improvisation a été la base de notre voyage jusque là et nous avait plutôt réussi. Mais du coup nous allons avoir du mal à être objectives sur la région après avoir expérimenté cela. Le lendemain, nous nous reposons de l’intensité de Chiang Rai et des trajets et finissons par faire un tour sur la plage. Je m’attendais au pire niveau saleté, mais c’est plutôt correct malgré quelques mégots et déchets. Nous choisissons de faire une excursion d’une journée dans les principales îles de la baie, car nous avons appris qu’avec l’hôtel on aurait moitié prix sur les tarifs annoncés en ville – étrange … – mais au moins maintenant cela rentre dans notre budget. Et ensuite, on rentre à Bangkok. 

Je sais que l’on peut louer un scooter et faire le tour de la péninsule, que les îles non loin de Koh Lanta et Koh Phi Phi sont sympa … mais à ce stade-là ni Andréa ni moi ne souhaitons rester un jour de plus ici. C’est donc décidé pour la baie de Phuket le lendemain, parc national de milliers de petites îles karstiques (rochers plutôt verticaux résultant de l’érosion comme la baie d’Ha Long au Viêt-nam). Nous les avons aperçues de l’avion et c’était un très beau tableau, Andréa a d’ailleurs vu un village en plein milieu de l’archipel, agglutiné autour d’un rocher. En regardant les excusions on s’est aperçues qu’il s’agissait d’un « village musulman sur pilotis ».

Iles de la baie de Phuket

La veille, on pensait se coucher tôt en vue du départ pour les îles, mais Andréa réalise qu’une de ses anciennes collègues est à Patong et elle propose de boire un verre. J’ai bien envie d’aller me coucher mais je lui dis clairement que je ne la laisse pas seule dans les rues de Patong et je l’accompagne donc. Finalement, nous découvrons un quartier un peu plus sympa que le centre, et le bar est plutôt génial car on peut y faire du surf sur une vague artificielle, je suis déçue de ne pas avoir mon maillot ! Pendant que les deux anciennes collègues discutent, je regarde pour la dixième fois les endroits en Thaïlande où je pourrais passer les deux prochaines semaines, seule et ayant pour unique but de me reposer et méditer. Mais rien ne m’inspire, c’est soit au milieu de la campagne, soit à l’autre bout du pays … je regarde à tout hasard le prix d’un aller-retour pour Bali qui est quand même à 4h de vol : 150€ ! j’avais oublié la magie du low cost. Je trouve un hostel sur Ubud qui coûte 3 euros par nuit. Quand j’en parle à Andréa, elle me dit que mon choix est déjà fait, rien qu’à voir mes yeux qui brillent en évoquant la possibilité de retourner à Ubud où je me suis sentie si bien. Je réserve mon vol le soir même, à moi les paysages magnifiques et les cours de yoga ! (petite note personnelle : Miss « La voix de la sagesse », t’es toujours aussi sûre d’être la voix de la sagesse maintenant ? hahaha!)

L’enfer n’est pas confiné à Bangla Road, les premières minutes de notre excursion nous l’évoqueront fortement aussi : nous sommes lâchés avec des centaines de touristes dans une foule façon métro parisien à 8h pour régler le « droit de passage du ponton » alors que c’est censé être tout inclus, puis entassés à 40 dans un bateau à moteur semblant être conçus pour une vingtaines de passagers. 

Ironiquement, je suis actuellement dans un avion pour la Birmanie et la lunchbox est ornée d’une photo retouchée à grands renforts de Photoshop des îles thaïlandaises. On n’aura pas vu de bleu turquoise ce jour-là, je soupçonne qu’il soit réservé au film La Plage et aux dépliants touristiques ; c’est dommage car c’est déjà très beau !

Ile de James Bond – Phuket

L’excursion sera ensuite sans grande surprise. Les îles sont très jolies et c’est un plaisir de s’y promener en bateau. « L’île de James Bond » ainsi nommée parce qu’elle figure dans « L’homme au pistolet d’or », s’avère catastrophique, il y a bien le rocher du film, mais chaque centimètre carré grouille de touristes et de boutiques de souvenirs. La bonne surprise en revanche sera le déjeuner car il a lieu … dans un restaurant sur pilotis du village musulman ! Il ne figurait pas sur la brochure … nous sommes toutes contentes de visiter cet endroit. Barques de pêcheurs, maisons bariolées sur pilotis, le tout coiffé d’une mosquée dorée le long d’un rocher vertical, c’est joli comme tout !

Village flottant musulman – Phuket

A midi, nous avons la chance d’être à table avec des gens sympa, des Australiens avec qui on a sympathisé le matin, un couple de Californiens où l’homme est d’origine japonaise, et des Indiens alors que nous aurions pu avoir la famille de Russes qui se plaint tout le temps alors qu’ils sont arrivés une demi heure après l’heure de rendez-vous à l’île de James Bond, ou l’un de ces couples un peu perturbant où l’homme est blanc, la soixantaine, pas très beau, et la femme typée Asiatique, jeune et jolie … J’ai même le droit à des trucs en plus parce que je suis végétarienne, ce sera un bon repas.

Village flottant musulman – Phuket

Ensuite, nous essayons d’explorer un peu le village, non sans croiser des gens du groupe – mais uniquement de notre table -, hélas il est envahi par les mêmes souvenirs que l’on aura vus partout ailleurs, et plutôt sale (enfin c’est toujours plus sympa que Patong). On réussit même à atteindre la mosquée et un panneau indiquant la direction du « floating football field » (génial non ?) avant de retourner au bateau.

Village flottant musulman – Phuket



Nous avons droit à une excusion en kayak d’une île où l’on ne peut entrer qu’ainsi. A Bali, j’avais discuté avec une fille qui m’avait dit s’attendre à pouvoir faire du kayak dans la baie, et au final était très déçue car ce sont des Thaïs qui « conduisent » et suivent un chemin imposé accompagnés par une centaine de touristes. Au moins, nous ne nous attendions à rien (enfin si, au pire), et du coup, finalement, c’était plutôt sympa à faire. Notre pilote est gentil, nous donne plein d’explications, nous emmène à des endroits où nous sommes presque seules et prend fièrement la pose quand on lui demande si on peut faire une petite photo ensemble. De toute manière, quand je vois l’étroitesse des grottes que l’on traverse et mon niveau en kayak, je préfère avoir eu un chauffeur ! surtout que nous sommes dans un parc national. C’est également fascinant de voir que cette île a l’air d’un simple rocher de l’extérieur et recèle des trésors de l’intérieur, grottes, criques, arbres …

Île vue en kayak – Phuket

La dernière étape sera une simple plage avec vue sur la baie. Sympa si l’on excepte le boucan provoqué par les parachutes ascentionnels. Je me baigne en embrassant du regard les îles karstiques : finalement cette journée a été plus agréable qu’elle le laissait penser au départ. Elle se termine par une grande conversation avec l’Australien lors du trajet retour, il est auditeur et s’intéresse beaucoup à mon métier, au système français, à notre nouveau président …quant à sa compagne qui est d’origine philippine, elle nous jure que les plages des Philippines valent cent fois cette journée, nous la croyons sur parole.

Nous nous levons tôt le dimanche matin pour prendre le taxi pour l’aéroport. Le chauffeur nous annonce très sérieusement : « My name is (son nom thaï). Nickname : Tom Cruise. » avant d’ajouter « I like Tom Cruise« . On est enchantées et on s’empresse de dire que nous aussi. Lui et la réceptionniste de l’hôtel qui aura vraiment été aux petits soins pour nous auront été la preuve qu’à Phuket il y a encore un peu de vraie gentillesse.

Je suis totalement consciente du fait que ce n’est pas facile d’apprécier un lieu quand il y a beaucoup de touristes, surtout qu’il s’accompagnera probablement d’un prix élevé. Mais souvent, après la visite, je me dis : est-ce que ça valait le coup ? Oui !! Le Corcovado au Brésil, la Muraille de Chine, la tour de Pise : ça valait le coup malgré le monde ! Je sais également que les parcs nationaux nécessitent d’être préservés et cela peut revenir cher. Le ticket pour l’entrée sur l’île de Pâques coûtait 80 dollars, l’entrée dans le parc du Kilimandjaro est également dans cet ordre de prix. Mais c’est pareil : cela vaut le coup ! Il faut protéger les statues de l’île de Pâques pour qu’elles continuent de traverser les siècles (et accessoirement réparer les dégâts faits par les Européens), et le parc du Kilimandjaro est gigantesque et comporte de nombreux rangers, vétérinaires et compagnie. A Phuket, je suis vraiment déçue de penser cela, mais pour moi, non cela ne vaut pas le coup, en tout cas l’expérience que j’ai eue. On aurait peut-être dû tenter autre chose, faire une autre excursion, aller ailleurs, c’est sûr. Mais je ne pense pas que j’y retournerai ou recommanderai Phuket à qui que ce soit. Il y a plein d’autres endroits à voir dans le monde, et Phuket a largement assez de touristes comme ça.

Quelques photos supplémentaires :

Chiang Rai : temple blanc

Chiang Rai : temple bleu

Chiang Rai : plantation de thé

Phuket : la baie

Phuket : la réalité

L’île de James Bond

Carnets 16 – Malaisie, Singapour et Chiang Mai 

Je n’ai pas spécialement envie de détailler les raisons pour lesquelles j’ai dû faire Bali – Kuala Lumpur – Singapour – Kuala Lumpur – Chiang Mai en Thaïlande, mais disons qu’elles comportent un changement de plan pour zapper Singapour et lui préférer la fête des lanternes à Chiang Mai et un après-midi un peu vaseux quand je travaillais encore. Bref, me voilà donc en route pour Singapour, après ma première escale malaisienne.

Ces moments dans la vie où on se sent un peu stupide

J’arrive en début de soirée dans la mégalopole. Il fait bien chaud, et ma première impression de la ville sera vraiment mémorable : alors que j’attends devant le bus à l’aéroport, je demande confirmation à une jeune femme qu’il va bien dans la direction que je cherche. Je viens de retirer et n’ai pas de monnaie sur moi, je lui demande donc si par hasard elle aurait de la monnaie, sinon je peux aller en faire à l’aéroport et prendre le bus plus tard. Elle a l’air toute désolée et me dit que sinon, elle peut me donner 2 dollars singapouriens, comme ça je peux prendre le bus, et elle m’indiquera où descendre. Je suis vraiment surprise, elle aurait très bien pu me laisser me débrouiller ! je garderai donc longtemps en tête cette première vision de Singapour, sous la forme d’ une jeune femme voilée, vêtue de rose, de type indonésien pour autant que je pouvais en juger, souriante et maquillée, qui s’est senti investie de la mission de m’aider. J’avais peut-être l’air particulièrement perdue …

Mon programme du soir est, à la base, de trouver un bar rooftop pour admirer la vue sur les buildings de nuit. En bonus, j’ai envie de voir le Raffles Hotel, parce que ma maman a visité Singapour quand elle avait mon âge et m’a dit de penser à elle à cet endroit. C’est donc parti et après quelques minutes de bus (et une rencontre avec un Indien insistant et désespéré dont je n’ai pas très envie de causer) je me retrouve près de la promenade qui donne sur le centre d’affaires et le fameux hôtel Marina Bay Sands qui me fait rêver, grâce à sa piscine avec vue sur les buildings de la ville. (Vu le prix de la nuit, j’ai préféré reporter l’expérience de la piscine à un futur voyage).

Je suis dans un des pays les plus sûrs au monde (même si à part à San Francisco je ne me suis jamais sentie en insécurité pendant ce voyage), et en plus il n’y a pas un chat. J’arrive à la promenade et … une photo vaut mieux qu’un grand discours.

Le Marina Bay Sands


Le quartier d’affaires

Cela me rappelle une escale de 24h à Shanghai où j’avais fait le trajet jusqu’en ville juste pour admirer la skyline de la ville depuis le Bund, c’était tout aussi désert et calme, parfait pour une contemplation silencieuse. Sauf que cette fois-ci, je n’ai pas envie de le faire, et je profite du wifi gratuit pour appeler ma famille et lui montrer le paysage, émerveillée. Je me dirige ensuite vers le piano (oui, il y a même un piano, à cet endroit !!) pour un moment musical seule au monde, heureuse. Je me souviendrai toujours de cette soirée.

Invitation au voyage…

Je ne dors que 3 heures cette nuit là : je veux voir la promenade de jour. C’est un peu moins bien, elle est envahie de touristes chinois, il fait un peu gris, et mon petit dej’ ne s’avère pas végane du tout (du lait dans le café je peux comprendre, mais du beurre dans un toast au beurre de cacahuète ? Bref

J’arrive à Kuala Lumpur et après un fantastique plat végé à l’aéroport, je me dirige vers mon appart hotel dont la principale attraction est la piscine du 40ème étage avec vue sur la ville. C’est vertigineux, hypnotisant. Je regrette de ne pas être dans le bon état d’esprit pour contempler la vue calmement, car je suis un peu crevée et stressée par mon escapade (mon vol du lendemain est à 6h, il s’agit de ne pas louper le réveil de 2h du matin …)

Kuala Lumpur, avec au milieu les tours jumelles Petronas

J’arrive donc crevée à Chiang Mai au nord de la Thaïlande le vendredi mais très contente de retrouver une nouvelle copine de voyage : Andréa que je n’ai pas vue depuis une éternité et qui voyage dans toute l’Asie depuis son QG sud-coréen. On file petit-déjeuner et dévorer mon premier riz gluant au lait de coco et à la mangue (mango sticky rice ici), je suis ravie de retrouver cette spécialité thaïe qui compte parmi mes plats préférés ! Cette journée est placée sous le signe du repos car ce soir on est de sortie : la fameuse fête des lanternes Yi Peng (celle pour laquelle j’ai changé mes plans !) connaît son point culminant ce soir. Ce sont en réalité deux célébrations simultanées, Yi Peng et Loy Kratong

Loy Kratong est une fête thaïe d’origine – supposément – hindoue ; visant initialement à honorer la déesse du Gange, elle aurait été adaptée en Thaïlande pour célébrer Bouddha « en lumière ». « Loy » signifie « flotter » et un kratong est un petit radeau fabriqué avec des feuilles de bananier, décoré de fleurs, d’encens … et bien sûr d’une bougie que l’on libère sur l’eau, également pour se purifier des différentes émotions négatives et porter bonheur.

Des kratongs

Yi Peng est une célébration ayant lieu uniquement dans le nord du pays, dont le but est de lâcher dans le ciel d’immenses lanternes de papier, pour les mêmes raisons que Loy Kratong.

Lanternes pour Yi Peng

A Chiang Mai en particulier, Yi Peng est l’occasion à la fois d’un spectaculaire lâcher de plusieurs milliers de lanternes d’un coup depuis un monastère à l’écart de la ville, et du lâcher de lanternes en ville par les locaux. Le premier est globalement réservé aux touristes, car les tickets sont à une centaine de dollars minimum, voire le double ou le triple. Apparemment, le gouvernement thaï a décrété que seule la fête « des touristes » était autorisée, et elle est trop chère pour les locaux. Bref … on compte quand même y aller, car cela a l’air magique. Mais Andréa m’informe dès mon arrivée que les tickets de l’évènement sont sold out depuis 2 mois. Bon, on va devoir se rabattre sur le plan B :aller en ville et voir ce qu’il se passe !

On se fait toutes belles et c’est parti pour le centre-ville à bord d’un tuktuk collectif. A part les bouchons et un monde fou, on ne voit pas grand chose et nous slalomons entre d’innombrables stands de nourritures/lanternes/kratongs, la foule et le trafic. On essaie de se rapproche de la rivière où ont lieu la majorité des lâchers de lanternes. Quelques unes apparaissent déjà dans le ciel, volant dans notre direction à cause du vent. Devant nous, une famille de Chinois se retourne soudain et lance un grand « oh » d’émerveillement : à notre tour, nous regardons le ciel et … des lanternes ! tout plein ! et encore, nous sommes au milieu des arbres et des buildings ! 

Nous arrivons près de la rivière et c’est un choc pour moi. Le ciel entier est illuminé. Des centaines de lanternes, partout, comme des étoiles, mais qui bougeraient, serpentant doucement dans la nuit comme des gouttes d’eau au sein d’un fleuve paresseux. Un nuage de lumière, à peine perturbé par les lanternes qui viennent de quitter le pont, gros tubes lumineux qui hésitent parfois à rejoindre le mouvement général, heurtant les arbres ou menaçant de tomber à l’eau.

Nous parvenons tant bien que mal à rejoindre le pont d’où lâcher notre lanterne. Le retour à la réalité est assez brutal : il vaut mieux faire un peu attention à soi, tout poétique que soit le ciel illuminé, car sur le pont on risque plusieurs fois de se faire heurter par une lanterne en feu, certaines se bloquent dans les fils électriques juste au dessus de nos têtes, … c’est donc particulièrement dangereux et a le mérite de nous ramener les pieds sur terre. Je peux néanmoins compter sur Andréa pour que notre allumage se déroule parfaitement, et hop voilà notre lanterne qui fuse droit dans le ciel ! 

On prend ensuite un bain de foule pour aller s’installer à un bar en bord de rivière d’où nous allons contempler la rivière illuminée de kratongs et le ciel envahi de lanternes pendant toute la soirée, ne croyant pas nos yeux. Les 3 heures que nous passons là filent comme des minutes. Un feu d’artifice s’ajoute au spectacle, mais c’est déjà si beau qu’il est accessoire. Et dire que l’on voulait payer 100 dollars pour s’exiler à une demi heure de la ville, d’où le lâcher de lanternes simultané ne durait que quelques minutes …  

Le samedi, nous partons pour Wat Phra That Doi Kham, temple situé à l’écart de la ville et qui a été conseillé à Andréa par une amie. Je comprends pourquoi : le temple surplombe tout Chiang Mai, est très beau, tout paré d’or et de couleurs comme l’exige le bouddhisme thaï, et est fréquenté essentiellement par des locaux qui affluent dans le temple, nous imaginons que c’est dû à Loy Kratong. Nous croisons également quelques moines dans leur tenue orange, sauf qu’au XXIème siècle, elle est souvent accompagnée d’un smartphone, ce qui nous fait plutôt rire.


Des escaliers partant du temple descendent dans la forêt et c’est parti pour une petite balade jusqu’au parc royal – non sans croiser un Occidental avec qui on discute un peu en plein milieu de la forêt, et à qui on promet de compter les marches jusqu’en bas. Arrivées au parc, je suis plutôt surprise : c’est un parc floral, donc il comporte son lot de magnifiques parterres de fleurs, une « forêt » avec des milliers d’orchidées … et un évènement spécial pour Loy Kratong, puisque des sièges ont été disposés dans l’allée principale (plusieurs centaines, comme c’est très souvent le cas en Thaïlande pour un évènement prisé des touristes).

On visite alors le monument au roi de Thaïlande, Rama IX, décédé il y a un an après un règne incroyable de 70 ans (le plus long au monde, toutes nations confondues) et immensément populaire dans le pays.

Temple en l’honneur du roi

L’enterrement qui a eu lieu un mois avant notre arrivée, a d’ailleurs été relayé dans le monde entier, et un immense monument a été construit à Bangkok en son honneur. Ici, c’est un petit temple bouddhiste, mais très beau, décoré uniquement de bleu marine et d’or, et aux murs ornés de paysages dans lesquels on peut voir des imitations de célèbres photographies du roi.

Ensuite, nous avons l’occasion de voir tomber la nuit aux lueurs des quelques kratongs flottant dans le bassin bordant le temple, puis partons dîner au marché de nuit de Chiang Mai, un condensé vraiment sympa de nourriture thaïe et du monde sur fond de musique live. Nous rejoignons ensuite le centre-ville pour profiter au maximum du dernier jour de la célébration. Nous croisons notamment une parade très richement décorée, et retournons au même bar que la veille pour ne pas perdre une miette du spectacle, certes moins intense que le vendredi, mais tout aussi magique.

Le dimanche, nous avons rendez-vous, et pas avec n’importe qui : les cinq éléphants du refuge pour éléphants maltraités Into The Wild nous attendent dans la montagne à une heure de Chiang Mai.  Nous avions très envie de visiter ce genre de refuge, mais c’est compliqué en Thaïlande. J’en parle dans cet article, mais en résumé, un éléphant qui se laisse monter est un éléphant qui a été maltraité et torturé afin d’être terrifié par les humains et se montrer docile. Le problème est que les touristes se sont rendu compte de cela petit à petit et ne veulent plus monter sur les éléphants, donc de nombreux camps de montagne affichent « Elephants – no riding ! » (vous ne monterez pas dessus) mais difficile de savoir dans quelle mesure ce sont des refuges pour éléphants maltraités ou c’est juste une grosse arnaque (au hasard, le même camp que précédemment avec les mêmes tortionnaires et les mêmes éléphants..). A Chiang Mai, l’Elephant Nature Park est une institution, et Into the Wild est apparemment numéro deux des refuges, donc nous avons opté pour ce dernier après de nombreuses lectures de commentaires sur internet.

Après un petit briefing, le plan est simple : faire connaissance avec les éléphants, puis les suivre en forêt où nous ferons ce que bon leur semble. C’est ainsi que quelques minutes après être arrivée, je vis un moment intense en faisant un câlin à l’une des mamans éléphants. C’est le début, les personnes de mon groupe sont encore un peu timides (et accessoirement, c’est plutôt impressionnant comme animal), et je m’approche de la maman en cherchant l’approbation de notre guide pour savoir si c’est OK. Il répond tout de suite « oui, essaie tu verras, c’est friendly un éléphant » et alors que je me mets à lui caresser la tête et la trompe j’entends encore ses commentaires en fond « tu vois, elle ferme les yeux, elle t’aime bien !! » 

Mais vraiment en fond, parce que je suis complètement ailleurs. L’éléphante se laisse faire, ferme doucement les yeux alors que je la caresse et lui souris, reste immobile (je verrai dans la journée que c’est plutôt rare dans un refuge où le principe est de laisser les animaux faire absolument tout ce qui leur chante). Je ressens une vraie connexion avec elle, beaucoup d’amour. Le temps est comme suspendu. 

C’est par un pur hasard que Andréa était en train de filmer à ce moment-là, donc je peux vous partager cet évènement !

Je suis ramenée à la réalité par les appels du guide comme quoi il va bientôt falloir suivre les éléphants dans la forêt, et nous laisser porter par leurs envies. 

Globalement, un éléphant qui mange 200 kgs de nourriture par jour a souvent faim, et nous nous arrêtons très tôt pour une petite heure à les observer en train de grignoter, voire déraciner des arbres pour les plus démonstratifs.

Je ressens un grand bonheur à les voir ainsi en pleine jungle. Les adultes prennent soin de ne pas heurter les humains ou leur marcher dessus – en cela on voit les résultats des mauvais traitements qu’ils ont subi – mais ce n’est pas le cas des bébés qui, donc, n’hésitent pas une seconde à nous pousser s’ils considèrent que nous sommes sur leur chemin. Ce n’est pas un gros problème en temps normal, mais dans une forêt pentue où on est agglutinées entre plusieurs éléphants, cela peut obliger à faire un peu de contortionnisme. Tout ceci sous l’oeil de trois « guides » qui ne font rien à part être assis au milieu des éléphants (que j’imagine plus habitués à leur présence), et qui sont certainement là en cas d’un incident.

Elephants all around us

Nous rentrons, déjeunons – la nourriture est excellente -, et nourrissons nos nouveaux amis d’une quantité impressionnante de bananes. Ensuite, on peut « relax » pendant que ces derniers partent faire ce que bon leur semble.

Le programme ensuite sera d’aller dans une mare de boue pour faire un gommage maison aux éléphants, j’aime beaucoup ce moment, on voit que cela leur fait du bien (leur peau est toute recouverte de poussière car ils s’en jettent pour éloigner les insectes). Le bébé se roule dans la boue, tout heureux. Quant à nous, les guides se chargent de s’assurer qu’on est aussi boueuses que les pachydermes.

On enchaîne avec une baignade dans la rivière bien fraîche : là encore, on voit le plaisir des éléphants, surtout les plus jeunes qui saisissent encore l’occasion d’amuser la galerie. Je suis tellement contente d’être là ! Nous leur donnerons encore à manger avant de partir, et filons à Chiang Mai des étoiles plein les yeux.

Le lundi, nous nous levons à l’aube pour aller visiter un des plus beaux temples de la ville, Wat Phrathat Doi Suthep, au lever du soleil. On trouve un chauffeur qui en profite pour nous montrer un joli panorama sur la ville encore plongée dans la nuit, puis nous arrivons sur place. Le ciel est teinté de rose, nous sommes quasiment seules, les moines sont encore en train de prier. 

La pagode centrale est couverte d’or, teintée des couleurs du ciel, c’est un spectacle très beau et apaisant, et je m’assieds pour en profiter. 

Temple Wat Phrathat Doi Suthep

Nous rentrons ensuite nous reposer pour être en forme pour le lendemain : nous comptons partir à Chiang Rai, toute proche de la Birmanie et du Laos, et qui a l’air sympa à voir. Cette dernière journée à Chiang Mai est consacrée au repos et à des gnocchi au marché de nuit (que nous avons bien mérités je trouve). Ce n’est pas très thaï aussi j’ajouterais que j’ai dû déguster une dizaine de mango sticky rice depuis mon arrivée dans le pays.

Le mardi, nous débarquons à la gare routière en espérant prendre le bus de 11h, voire 10. Hum, on a été un peu optimistes, les bus sont pleins jusqu’à 17h, c’est Loy Kratong très chère. On part donc se promener un peu en ville, puis une demi-heure avant le départ du bus, on aborde un tuktuk : c’est une demoiselle portant un masque anti pollution. Pour être sûres qu’elle nous emmène à la bonne gare routière, on lui montre le ticket de bus. Elle nous annonce un prix plus élevé que prévu, je tente de négocier, mais elle est implacable « il y a beaucoup de trafic, etc ». Je n’en crois pas un mot, râle un peu, mais finis par accepter. On la voit aborder un collègue tuktuk, il a l’air de lui dire quel chemin prendre. 

Nous commençons à nous demander quel est le problème vu qu’à midi nous avons fait le trajet en quelques minutes sans soucis. Mais nous allons assez vite réaliser que contre toute attente, elle avait raison : c’est l’heure de pointe et notre vaillante chauffeuse nous propulse dans les rues de Chiang Mai en effectuant un itinéraire savant dans les petites rues, se faufilant entre les voitures, appuyant sur le champignon… Douze minutes avant le départ du bus, nous sommes coincées à un feu qui semble durer une éternité, et je commence à faire un plan avec Andréa au cas où nous arriverions à peine deux minutes avant de partir, voire envisager de louper le bus. Finalement, nous arrivons avec 8 énormes minutes d’avance à la gare routière, et nous applaudissons notre chauffeuse qui a l’air toute fière d’avoir réussi sa mission. Chiang Mai aura décidément été pleine de surprises jusqu’à la toute dernière minute !


Quelques photos supplémentaires :

Loy Kratong :

Le parc royal : 

Les éléphants :

Carnets 15 – Bali – Gili Trawangan et la côte ouest

Nous sommes donc en route pour Gili Trawangan, une des trois iles Gili, situées tout près de Lombok, à une heure de bateau à l’est de Bali. Le van nous dépose au village de Padangbai, où nous prenons le bateau : il fait chaud, l’eau est turquoise, l’atmosphère détendue. Nous débarquons à « Gili T » sous la pluie diluvienne et en pataugeant dans les flaques et le sable mouillé et nous nous dirigeons vers notre auberge, qui nous laisse globalement penser que l’ambiance sur l’île est à la fiesta.

Pas évident !

L’après-midi est placée sous le signe du farniente au fantastique restaurant végane « Pittuk café ». Le lendemain, nous nous réveillons tranquillement et partons explorer un peu.

Nous sommes plus proches de Lombok que de Bali, et l’ile me semble globalement musulmane comme dans le reste de l’Indonésie : la mosquée domine la ville et l’imam appelle régulièrement à la prière, le style vestimentaire des gens évoque l’islam (petit chapeau pour les enfants, voile pour les femmes…) C’est très différent de l’atmosphère balinaise mais tout aussi empreint de spiritualité. J’aime beaucoup entendre les appels de l’imam à la mosquée de manière générale, j’imagine que c’est parce que je suis sensible à leur musicalité, ou que j’apprécie cette religion qui m’intéresse beaucoup ? Difficile à dire !

Gili T, côté ouest

Nous nous dirigeons vers le côté ouest de l’île pour admirer le coucher de soleil et quittons la « ville » pour marcher un peu dans la végétation puis nous retrouver rapidement sur la plage de l’autre côté. Il ne fait pas très chaud mais après un petit café glacé, on peut assister à un très beau coucher de soleil depuis notre transat, les volcans de Bali dissimulant l’horizon, et à un embrasement coloré par la suite.

Nous nous dépêchons ensuite de rentrer pour éviter de faire le trajet dans le noir. Le programme de la soirée est ensuite un restaurant pieds dans le sable tout en profitant de la musique live au bar d’à côté (les rues sont déjà très animées), quelques verres et nous voilà à danser avec étrangers et – surtout – locaux qui s’éclatent, en bord de plage pour finir cette belle journée.

Plage de Gili T côté est. Alors, Khaleesi ou O-ren Ishii ?

Notre bateau retour le dimanche est en début d’après-midi, ce qui nous permet de profiter de la plage encore un peu, l’eau est turquoise et à la température parfaite !  C’est parti ensuite pour un trajet plutôt mouvementé qui nous mène au port puis à Uluwatu, le repaire des surfers, situé au sud-ouest de Bali. Nous arrivons assez tard le soir à l’hôtel (où l’accueil est particulièrement froid comparé à nos expériences passées), et avons faim, donc on nous indique le resto d’à côté.

C’est un resto local, pas cher du tout, complètement vide, qui a tout du bouiboui sauf sa taille : c’est un immeuble à lui tout seul. Le propriétaire nous demande si on veut aller sur le « rooftop », euuuh, oui ! Du coup nous voici sur le toit : immense et désert. Nous sommes hilares et prenons soin de choisir la table bien au milieu du toit, histoire de nous sentir encore plus seules au monde ! C’est une très bonne soirée, complètement improbable.

Le lendemain matin, aïe : j’ai chopé une légère intoxication alimentaire. Pas besoin de chercher la cause bien loin … Alix a été plus résistante, heureusement !

Le coupable : le tempeh burger de Salin’s Warung

En fin d’après-midi, je vais un peu mieux et rejoins Alix dans un café en bord de mer. Uluwatu est construite à flanc de falaise, c’est plutôt impressionnant ! Je me requinque un peu avec un jus de légumes et mon 3e Coca de la journée et nous descendons sur la plage d’Uluwatu qui est en fait une crique avec des grottes de part et d’autre, c’est vraiment joli ! Le courant est trop fort pour se baigner, seuls les surfers s’y risquent. De temps en temps, une vague un peu plus forte que les autres inonde la quasi totalité de la crique, faisant un peu paniquer tout le monde, c’est plutôt drôle même si je ne suis pas en forme du tout.

De toute façon vous n’aviez pas besoin de voir ma tête ce jour-là 🙂

Nous remontons et nous installons dans un petit bar des hauteurs d’où nous pouvons contempler les énormes rouleaux, les surfers, puis un joli coucher de soleil. Le mardi est notre dernier jour. On commence par le temple d’Uluwatu, tout proche : je suis impressionnée par les falaises escarpées et les personnes ayant décidé de bâtir un lieu de culte dans un endroit aussi isolé ! Des fleurs multicolores complètent le tableau, il fait une chaleur étouffante, mais je me sens bien !

Nous partons ensuite pour Jimbaran, tout près de l’aéroport sur la côte, où le plan est de passer l’après-midi sur la plage, que nous avons pour nous seules ou presque.

Dégustation d’une énorme noix de coco et baignade sont nos seules activités de l’après-midi, puis nous nous préparons à assister au coucher de soleil, réputé pour être l’un des meilleurs de l’île. Effectivement, c’est plutôt magnifique, un embrasement furieux s’empare du ciel entier, du rose, de l’orange, j’ai presque l’impression de voir des aurores boréales. Puis je réalise que nous ne sommes plus seules du tout et qu’une bonne cinquantaine de Chinois vient de débarquer. Autant de tables ont été disposées sur le sable et nous nous disons qu’on a dû leur vendre un package « dîner aux chandelles au coucher du soleil ».

Nous dînons dans un endroit trouvé absolument par hasard, aux chandelles (oui nous aussi !)  et vraiment délicieux avant qu’Alix ne parte pour l’aéroport. De mon côté, il me reste une nuit et une matinée de répit.

Je me réveille le lendemain matin et descends prendre mon petit déjeuner. Il fait une chaleur étouffante, la radio passe une musique très apaisante à base de percussions typiquement indonésiennes. Je bois mon dernier Bali coffee en observant le temple situé au coin de la cour de l’hôtel, derrière la piscine (chaque famille ou hôtel en a un sur l’île) : des Balinais préparent les offrandes aux dieux et démons qu’ils disposent tous les jours aux quatre coins de leur demeure (celles aux dieux en hauteur, celles aux démons sur le sol). Je vois un homme ou deux entièrement vêtus de blanc et une femme sur son 31, disposer les offrandes un peu partout et l’encens embaume cette matinée déjà pleine de sérénité. Plus tard, mon chauffeur pour l’aéroport m’apprendra qu’il s’agit d’un jour de célébration hindoue, d’où la tenue blanche. Je lui répondrai que dans mon pays aussi on fête quelque chose : les morts (on est le 1er novembre, il s’agissait de résumer un peu). Pourtant, rien ne me semble plus anachronique que de mentionner la Toussaint glaciale dans ce décor aussi lumineux, coloré, chaleureux.

Offrandes aux démons

Je quitte Bali persuadée que j’y reviendrai. A l’heure où j’écris ces lignes, j’y suis ! Je devais passer le mois de novembre en Thaïlande, dont la deuxième moitié seule pour me reposer. J’ai beaucoup aimé ce pays mais il ne m’inspire ni repos ni tranquilité, et j’ai à peine hésité à acheter mon aller retour pour Bali. Me voilà donc deux semaines de plus sur l’île des Dieux, et déjà au bout de trois jours je ne suis que sérénité et bonheur !

Java à gauche, Bali à droite

Quelques photos supplémentaires :

Gili Trawangan :

Uluwatu :

Jimbaran et ma dernière matinée balinaise :

Les offrandes (dans un panier à l’abri des prédateurs, mais on voit bien la fumée de l’encens !)

Carnets 14 – Bali – Ubud

Je débarque à Bali toute heureuse de retrouver mon amie Alix. Il fait bien chaud, le peu de Balinais que je rencontre sont déjà adorables, mon séjour commence bien ! Nous dormons à Semyniak près de l’aéroport et partons le lendemain matin pour Ubud, ville située au centre de Bali et où il y a globalement beaucoup de touristes car sa situation permet de visiter facilement l’île.  Nous avons pris un chauffeur pour y aller et visiter deux temples sur le chemin. Après un petit déjeuner riche en vitamines (je revis après la Polynésie et la Nouvelle Calédonie !), destination notre premier temple : Tanah Lot.

Notre premier arrêt est un magasin de café où nous admirons les plantes du jardin (gingembre, citronnelle, fruits …) et dégustons une douzaine de cafés et infusions différentes. Le « Bali Coffee » m’évoque le café turc, bien solide, tandis que les infusions bien sucrées de cacao, « rosella », citron, gingembre … sont délicieuses ! Ombre à ce tableau plutôt sympathique (nous, une fontaine, de l’encens, un peu de musique, et plein de thés) : la spécialité du lieu (ainsi que de l’île) est le « luwak coffee« , les luwaks étant de petits mammifères pouvant se nourrir de grains de café qui, récupérés dans les selles, sont préparés comme du café : du coup, ces animaux sont présents dans le jardin, dans des cages minuscules … Nous tentons de ne pas trop y penser et achetons un peu de cacao de Bali avant de partir pour Tanah Lot.

Situé sur un rocher en bord de mer, près de Semyniak, on ne peut y accéder qu’à marée basse. C’est vraiment beau, le ciel est bleu sans nuage, le temple et les falaises de la côte sont battus par les vagues, une plage de sable noir complète le tableau : quel premier aperçu de Bali !

Nous nous dirigeons ensuite vers Taman Ayun, temple situé sur la route d’Ubud, que nous trouvons particulièrement beau, simple. Il est situé en bord de rivière et quasiment désert. J’ai l’habitude des temples – bouddhistes – du Laos et de Thaïlande qui sont bariolés, peints de couleurs vives voire criardes (rouge, vert, or…) ici les temples sont hindous, mais très sobres, quasiment rien n’est peint, laissant la part belle aux vieilles pierres couvertes de mousse et progressivement envahis par la végétation. Ils comportent des pagodes toutes simples, noires et étagées, et peu de fioritures excepté les offrandes colorées faites aux dieux à partir de feuilles tressées, fleurs, encens. C’est mon premier contact avec l’hindouisme et je suis émerveillée par la sérénité des lieux. Après une petite photo souvenir avec notre chauffeur qui semble tout content, nous partons pour Ubud.

Petit à petit, la ville fait place à des rizières, de la forêt, tout ici est petit, courbé le long des montagnes, l’espace est utilisé au maximum, ce qui donne de très jolis paysages avec toutes les nuances de vert possibles. Je suis en Asie, enfin !

Nous arrivons ensuite à Ubud où, après nous être installées dans notre petit hôtel et constaté que notre chambre comporte un magnifique balcon donnant sur la forêt tropicale avec une petite rivière en contrebas, nous nous mettons en quête de nourriture et atterrissons dans un restaurant repéré par Alix pour son « lot of cheap vegetarian food » : ce premier repas balinais est incroyable, enfin des fruits et légumes ! ainsi que du tempeh, spécialité indonésienne à base de haricots de soja fermentés dont la texture est proche du poulet. Nous goûtons de tout et notre addition est dérisoire : un bonheur !

Cette première après-midi à Ubud sera plutôt relax : planifier nos jours sur place, faire un peu de shopping et prendre l’apéro dans la piscine. Je m’achète notamment un carnet car le mien est rempli, et une gourde car la mienne n’a pas survécu au Burning Man !

Le lendemain, nous avons pris un chauffeur pour un petit trip dans le nord de l’île. Un vieux balinais nommé – s’en suit un nom indonésien difficile à retenir, mais nous pouvons l’appeler Tommy, et particulièrement gentil. Il commence par nous conseiller une « forêt aux singes » de Sangeh, qui est sur notre route, et moins chère que celle d’Ubud : ok, allons-y ! C’est une balade très agréable : le temple est en bordure d’une forêt extraordinaire, aux arbres immenses, pleine de bambous, et il est également plutôt ancien, en pierre brute et avec ce petit côté abandonné caractéristique de l’île.

Et bien sûr, les singes qui se promènent partout en souverains du domaine, escaladent le temple, prêtent à peine attention à notre présence, sauf l’un qui est très intéressé par Alix. Nous sommes rassurées de voir qu’ils sont plutôt indépendants, même si j’imagine que pour qu’ils restent là les humains doivent les appâter avec de la nourriture.

Nous faisons un tour dans la forêt, si haute et calme que c’est comme une cathédrale de verdure, puis partons pour notre prochaine étape, l’impressionnante cascade « Nungnung » à laquelle on accède en descendant un escalier interminable. Comme à la forêt aux singes, nous sommes quasiment seules, et complètement au milieu de la jungle, dont je ne peux détacher mes yeux.

Une fois en bas, wow ! La cascade, l’humidité, la brume, le sentiment d’être presque seules au monde – mis à part quelques locaux qui tergiversent plusieurs minutes avant d’oser nous demander une photo. Nous remontons les centaines de marches, et faisons une pause à un petit temple à mi-chemin où nous pouvons contempler la jungle, émerveillées.

Puis nous retrouvons Tommy qui nous emmène en direction des montagnes vers le temple de Pura Ulun Danu Beratan. En chemin, nous lui posons beaucoup de questions sur sa vie – il a trois enfants, un policier, un chauffeur et une fille qui fait ses études -, l’hindouisme à Bali : il est majoritaire sur l’île alors que l’Indonésie est essentiellement musulmane, et est mêlé d’animisme, notamment surnommé « la religion de l’eau sacrée« , il est fortement lié aux éléments, l’eau pour Vishnou le protecteur, le feu pour Shiva le destructeur, leur lien avec notre corps et notre esprit. Notre guide a également une théorie sur pourquoi les vaches sont sacrées dans l’hindouisme : parce que, selon lui, le lait de la mère nourrissant le bébé, il symbolise la vie comme pour les humains. Il nous parle du karma, de la gentillesse, de la spiritualité et de tant de choses primordiales avec une simplicité désarmante.

Nous arrivons au temple au bord du lac et commençons par déjeuner pour échapper à la pluie, non sans être accompagnées par Tommy, muni d’un parapluie, jusqu’à la porte du restaurant du temple.

Danu Beratan me plaît beaucoup tant le cadre l’embellit : les nuages et la brume s’accrochent aux collines, enveloppant la scène d’un cocon vaporeux. De rares touches de couleur (fleurs, offrandes) viennent égayer le tableau en nuances de gris formé par le lac, les montagnes et les pagodes noires du temple. Il est si petit et si simple, j’aime vraiment beaucoup les temples balinais !

Notre programme de la journée est terminé. Tommy nous propose de poursuivre avec la visite d’une rizière plutôt jolie, mais il faut payer pour la traverser, et nous décidons de ne pas le faire vu que le lendemain nous allons en voir une plutôt réputée. Ok, donc retour à Ubud ! Notre chauffeur, après quelques minutes de route, nous demande : « vous avez votre maillot de bain ? » Oui. « Une source chaude ça vous intéresse ? » Bien sûr ! elle est tout près et après un peu de route dans les montagnes, nous voilà dans un grand bassin d’eau de source volcanique, entourées de jungle, avec le bruit de petites cascades se mêlant aux sons de la forêt. Quasiment seules une fois de plus, c’est un paradis ! Nous réalisons à peine notre chance et notamment le fait que Tommy nous l’ait proposée en dernière minute alors qu’il aurait pu nous ramener et être plus tôt chez lui.

Le bassin en plein air fait place à un petit bassin privatif un peu plus chaud qui me rappelle beaucoup les onsen japonais, puis au bain le plus chaud de tous, qui est un vrai bonheur pour moi. L’eau volcanique est fortement chargée en minéraux, et nous sommes bien détendues après cette journée intense ! Cette petite baignade se termine par un rêve qui se réalise pour moi : j’ai toujours voulu marcher pieds nus dans une rizière et il y en a une à la porte des sources chaudes. J’en discute avec Tommy qui a un peu peur que je m’y enfonce jusqu’aux genoux car c’est très boueux. Mais il me dit où mettre les pieds – de mon côté je ne veux pas abîmer le riz ! – et me voilà les deux pieds plantés dans la rizière ! enfin ! sous le regard amusé et sûrement un peu perplexe de notre guide. C’est une bonne sensation, je me sens encore plus connectée à la terre, à l’Asie, à sa version idyllique qu’est Bali.

Puis je file me rincer les pieds aux sources pour éviter de salir la voiture de Tommy, qui nous disons au revoir peu après alors qu’il nous dépose devant un restaurant dont je me souviendrai longtemps : cru, végane, débordant de jus de fruits frais, desserts délicieux, cela me rappelle mon quotidien en France et fait un bien fou !

Notre programme le lendemain est de louer un scooter pour aller explorer l’est d’Ubud, plus accessible que les les lieux visités la veille. Je suis toute contente, cela me rappelle mes trips à moto dans la campagne (et ville) laotienne où j’ai passé deux mois inoubliables. Notre première destination : les rizières de Tegalalang, particulièrement photogéniques. Au lieu de payer pour descendre le long des cultures en terrasse, nous préférons nous installer dans un café juste en face et les contempler en sirotant des jus de fruits frais. L’endroit est plutôt touristique mais cela ne nous empêche pas de profiter de l’instant.

Notre prochain arrêt est le temple de Gunung Kawi Sebatu, perdu dans un village non loin de Tegalalang. Nous sommes à nouveau quasi seules et je trouve vraiment magnifique ce temple en vieilles pierres noires, entouré du vert foncé de la forêt, où le calme des bassins, l’odeur d’encens et les touches de jaune et d’orange brossent un tableau très apaisant, d’un calme irréel, à peine perturbé par les bruits de la nature. C’est incroyable !

Notre dernière étape est le temple de Tirta Empul. La conduite est un peu plus sportive, nous nous enfonçons dans les rizières sur des routes en piteux état. Le chemin, jusqu’ici plat, est de plus en plus incliné et nous nous retrouvons sur une route verticale, recouverte de graviers, où j’ai du mal à freiner pendant quelques secondes : boom, le scooter glisse et nous tombons en travers de la pente. Je n’allais pas vite, mais suis tombée sur le menton et le genou, et ai surtout eu bien peur pendant un instant que les freins ne fonctionnent plus, heureusement tout va bien. Alix n’a rien, seul son portable est endommagé. De mon côté, ce ne sont que des éraflures, mais j’ai du sang partout.

Ce n’est pas ça qui va m’arrêter 

Nous nous remettons en route et nous arrêtons au premier garage pour racheter un rétroviseur gauche, le précédent n’ayant pas survécu au crash. Les Balinais sont effarés en voyant ma plaie au menton et se précipitent pour se proposer de la nettoyer. On repart pour le fameux temple – au point où on en est, on ne va pas laisser tomber ! – et à peu près tous les locaux que nous croisons sur place s’inquiètent pour ma blessure, me demandent ce qui est arrivé ou se proposent pour la laver. L’un d’eux me fournit d’ailleurs une explication on ne peut plus logique à cela : « je peux t’aider à nettoyer ? – pas besoin, je viens de le faire ! – mais si je t’aide, j’aurai un bon karma ! » Hum, est-ce que c’est toujours de la gentillesse dans ce cas ?

Tirta Empul est réputé car les Balinais viennent s’y baigner dans l’eau de source pour se purifier. L’eau, les bassins, les montagnes d’offrandes embaumant l’encens, le cadre est très particulier et dégage beaucoup de « sacré » malgré les touristes un peu plus nombreux que d’habitude. J’en profite pour me rincer discrètement le visage, non sans me sentir un peu coupable d’utiliser de l’eau sacrée pour le résultat de mes bêtises. Le reste du temple vaut également le coup d’oeil, notamment un banian tree fantastique – oui, comme en Polynésie !

Nous repartons ensuite pour Ubud : un peu de conduite-slalom entre les bouchons en heure de pointe, où grâce à mon expérience laotienne je suis beaucoup plus à l’aise que sur les routes de montagne. Après une séance de désinfection un peu difficile – contrebalancée par la belle vue du balcon !, nous partons pour l’un des restaurants végétariens les plus réputés de la ville, sur notre fidèle destrier.

Le jeudi, nous quittons notre balcon avec vue sur la jungle pour un Airbnb au milieu des rizières. Cette journée détente commence par un petit déjeuner à base de glace au lait de coco et d’une montagne de fruits, puis nous partons à la recherche de notre logement, situé à quelques minutes de marche du centre d’Ubud. Cela commence bien : l’application m’indique un emplacement, Google un autre, et le réceptionniste de l’hôtel un troisième après avoir eu le propriétaire de l’Airbnb au téléphone. Bon, on va bien trouver !

Nous sommes rapidement sur un petit chemin bordé de rizières d’un vert éclatant. Nous tombons sur une maison au même nom que l’Airbnb : c’est ici ? un jeune homme nous répond que non, c’est plus loin, mais qu’il peut nous déposer là-bas en moto ! OK, c’est parti pour quelques minutes à moto sur un sentier très étroit qui serpente au milieu des rizières, super ! Notre logement comporte un balcon gigantesque donnant sur les rizières vert émeraude à perte de vue, dans un calme absolu, nous sommes ravies !

Après une trempette dans la piscine, nous cherchons quelque chose à boire et tombons sur un restaurant en plein milieu des rizières, désert, où nous passons l’après-midi. Il s’appelle « Kiss Me Kettut » du nom de Kettut Liyer, guérisseur balinais apparaissant notamment dans le film « Mange, Prie, Aime« . Nous contemplons la vue, à demi couchées sur des poufs, buvons du café balinais, partons dans de grandes conversations … jusqu’au coucher du soleil, un très bon souvenir ! De retour à notre nid douillet, nous trouvons enfin un inconvénient à cet endroit paradisiaque : les moustiques qui ont décidé de nous mener une guerre sans merci. C’est malgré tout une bonne soirée, nous sommes encore enchantées du cadre, et préparons mon itinéraire en Birmanie.

Le lendemain matin, nous quittons les rizières pour retourner au centre d’Ubud où doit nous retrouver notre transport pour l’île de Gili Trawangan, à une heure de bateau à l’est de Bali, près de l’île de Lombok. En attendant le chauffeur, nous buvons un café à Starbucks (pour le prix de plusieurs plats végétariens, mais passons) et j’aperçois un jardin de lotus que je m’empresse d’aller photographier, comme pour ne pas perdre une miette de la ville.

J’ai vu plusieurs pays d’Asie du Sud-Est et la région d’Ubud en est une version idéale. Rizières partout, ondulant le long des montagnes. Jungle touffue – de notre balcon, en une matinée, j’ai pu apercevoir des écureuils, des oiseaux et un iguane. Temples plus beaux les uns que les autres, emplis de sérénité et d’authenticité. Sourires où que nous allions. La meilleure nourriture que j’aurai pu tester pendant mon voyage (ma vie ?). Du vert, du vert partout, la forêt, les rizières, la mousse sur les pierres. Et je ne parle pas de tout ce que nous avons pu voir, cascades, temples, sources chaudes, petits restos adorables, centres de yoga… Je me suis sentie si bien ici qu’il m’est inconcevable de ne jamais y revenir.

Un grand merci à Alix pour une bonne partie des photos de cet article ! Pour voir ses autres photos de voyage c’est  !