Carnets 12 – La Nouvelle Calédonie – East Coast

Difficile de quitter la Polynésie. Je me suis déjà promis de revenir et j’échafaude des plans pour aller au Burning Man en 2018 puis à Tahiti refaire de la plongée et voir des baleines. Notre chance habituelle est toujours présente : à l’aéroport de Nouméa – situé à une bonne demi-heure du centre-ville – nous attend Laurent, rencontré à Rangiroa, qui nous avait proposé de profiter de son lift pour le centre-ville.

On passe notre première après-midi en Nouvelle-Calédonie avec l’impression que l’on aurait dû rester en Polynésie. Laurent et son ami nous préviennent que les Calédoniens ne sont pas aussi accueilllants que les Tahitiens (en même temps cela me semble impossible …) et qu’il n’a pas plu depuis trois mois donc des incendies ravagent le territoire et de nombreux sentiers de randonnée sont fermés. Nous arrivons à Nouméa où tout est globalement vide et désert (on est dimanche …) Nous trouvons à manger in extremis avant de se faire déloger de notre banc par un kanak … bref, nous avons tous les deux un a priori négatif assez fort et décidons de quitter la capitale pour partir en road trip le lendemain. Destination Bourail à 2h en direction du nord.

On attrape un bus à 2 minutes près et nous voilà à Bourail : le but est de rejoindre Poé où se trouvent campings, plages et auberges de jeunesse. C’est à 15 km, on lève le pouce et c’est parti pour Poé où on arrive après deux conducteurs différents et pas trop d’attente, même si après la Polynésie c’est quand même un peu plus compliqué !

Poé

Le camping en bord de la plage est très agréable et ombragé et la plage plutôt jolie, bordée au loin par des collines, et à peu près déserte. Nous nous installons et partons faire un tour avant de constater qu’à part la plage il n’y a pas grand chose à faire à Poé. Ainsi qu’un food truck très sympathique où on dîne sur fond d’un très beau coucher de soleil. Le ciel est bleu sans nuage depuis notre arrivée sur « le caillou ».

Le mardi matin, nous sommes motivés pour partir à Koumac, à environ trois heures au nord de Bourail, après un petit détour à la baie des Tortues sur le chemin – toujours en stop, cette fois-ci c’est une adorable famille qui nous lève les sièges du coffre ! – S’en suit une petite rando bien sympa dans un paysage de nature aride et de mer bleue qui m’évoque l’Australie.

Baie des Tortues

 Je suis surprise par l’environnement, en particulier les grands « pins colonnaires » qui partent dans toutes les directions. On ne voit hélas pas de tortues, mais la balade à elle seule valait le détour. Un Australien bien sympa nous emmène ensuite à Bourail. Nous déjeunons puis attendons le bus, pile à l’heure, fin prêts. Ce dernier débarque, et là, tabarnak : le bus est plein ! Bien sûr c’est le seul de la journée …On n’avait pas vraiment envisagé cette possibilité ; je dis alors à Olivier : « et ben on va faire une belle pancarte, et on va faire du stop ! » 

C’est le cagnard complet, il est 14h, tout va bien. Après quelques minutes le pouce en l’air, une dame qui était garée sur le parking nous aborde : « Vous allez où ? – A Koumac ! – Ah parce que je vais à Poindimié » On sort la carte : c’est sur la côte Est, rien à voir avec notre itinéraire initial, mais près de Hienghène qui figure sur notre liste. C’est parti pour Poindimié avec Elsa avec qui on discute un peu de la vie sur le caillou. La route traverse les montagnes du centre de l’île, qui ondulent paresseusement recouvertes de forêts denses et touffues. 

Trajet entre Bourail et Poindimié

Je suis vraiment heureuse d’être là et passe le trajet à m’extasier sur la beauté du paysage. Le point noir toutefois est que l’on constate les effets de la sécheresse : tout est très aride et de nombreux feux ont ravagé la forêt. Cela s’atténue à mesure que l’on gagne la côte Est, plus verte et humide. A Poindimié, on tente sans succès le stop pour Hienghène puis on finit par dormir au camping en bord de mer, non sans admirer un magnifique coucher de soleil, et rencontrer une dizaine de bernard-lermites. On savoure des bières autour de notre beau feu de camp avant de manger un plat digne de « cuisine ponton » : polenta et ratatouille en boîte ! 

Poindimié

Le lendemain, nous sommes un peu dans l’incertitude : à la station-service où nous avons demandé l’horaire du bus pour Hienghène, on nous a répondu 8h ou 9h30 et le gérant du camping nous a dit 11h. On arrive néanmoins à remballer nos affaires et être à 9h32 au bord de la route (faisant confiance au grand-père de la station-service). Miracle, le bus débarque à 9h35, en route pour Hienghène !

Après un petit trajet d’1h30 le long de la côte, on est déjà émerveillés : peu avant d’arriver au village, nous commençons à apercevoir les grandes falaises caractéristiques de la région, qui m’évoquent le Viêt-nam. Nous filons à l’office du tourisme s’informer sur les campings et activités. 

Nous sommes au coeur du « pays kanak », de très nombreuses tribus sont disséminées dans les montagnes alentour. J’ai très envie d’aller passer une nuit en tribu, ce qui est possible à condition de réserver à l’office du tourisme. Très bien, Martial le chef de la tribu Werap nous accueillera vendredi soir et nous préparera le dîner. Je tente de demander de quoi est fait le repas, et me voilà en train d’expliquer à la dame que je mange plutôt des légumes et du riz tandis qu’elle transmet tout en langage kanak au chef, qu’elle appelle « président ». La question « tu manges de la salade ? » m’indique que l’on est sur la bonne voie, j’avais vraiment peur d’offenser, ne connaissant pas très bien les usages locaux – au moins le chef est prévenu !

En parlant d’usages, notre interlocutrice nous informe qu’en arrivant à la tribu, nous allons devoir « faire la coutume ». Traduction : en arrivant chez notre hôte, pour le remercier de nous accueillir, lui faire un petit cadeau ou de l’argent disposé dans un tissu traditionnel. (Bon, on paie aussi la nuit et le repas, mais c’est normal !) Cependant je trouve super que les touristes soient fortement encouragés à respecter cette tradition – peu contraignante d’ailleurs – qui permet de rappeler qu’ils ne sont pas chez eux.

Notre camping à Hienghène

Cela fait, on se dirige vers notre camping (enfin celui que l’on vient de choisir en deux secondes à l’office), en stop en admirant à nouveau les rochers, il est en bord de mer. Le wifi ne fonctionne pas, mais l’hôtel à quelques minutes de marche en a. Après une petite bronzette à la plage du camping, je tente de trouver l’hôtel avant la nuit pour y rejoindre Olivier. Dès que je suis hors du camping, les surprises commencent : je suis en pleine tribu kanak, je rencontre quelques enfants sur mon chemin, puis un chien qui m’accompagnera jusqu’à l’hôtel. Ici pas de rues, béton ou trottoirs, les tribus sont organisées – d’après ce que j’ai pu voir – autour d’un bâtiment commun qui évoque une cour d’école, parfois d’une église (comme ici). Les maisons sont disséminées dans la forêt un peu plus loin et le seul goudron présent est celui de la route ou presque.

Tribu de Koulnoué 

Je suis également en pleine forêt tropicale, que dominent les falaises noires de Hienghène, dense, en désordre, les arbres sont immenses, touffus, envahis de lianes … tout mélangé ! Je me sens requinquée par cette balade (en compagnie de mon fidèle guide à 4 pattes). Arrivée à l’hôtel, je peux admirer un magnifique paysage de falaise calcaire devant laquelle se promènent quelques chevaux : ma pensée en arrivant est que je suis vraiment contente que le wifi du camping soit en panne !

Good Morning Hienghène

Le lendemain, on compte aller explorer un peu les rochers et paysages alentour. Nous nous rendons d’abord à la plage « du billet de 500 » où un énorme rocher noir semble s’être échoué sur la plage et est pris d’assaut par des plantes et fleurs multicolores. 

Plage du billet de 500

Nous parvenons ensuite à un point de vue nous permettant d’observer « la poule couveuse », qui porte plutôt bien son nom et est chère au coeur de nombreux calédoniens (ou plutôt kanaks peut-être ?), ainsi que « le sphinx » – bon là, c’est un peu moins flagrant. La soirée se passe également au camping – on n’a pas vraiment le choix ... Un groupe débarque en face de nous pour manger un « bougna », le plat traditionnel kanak. Cuit dans des feuilles de bananier, il comporte de la viande ou du poisson ainsi que des légumes cuits à l’étouffée avec du lait de coco. Je discute un peu avec ma voisine et lui explique que l’on voudrait rejoindre la côte ouest depuis ici, mais galérons à trouver un bus, car le plus adapté est à une heure de route et sinon il faut repasser par Nouméa en faisant un détour de plusieurs heures. Réponse : « nous, on va à Poingam si vous voulez et on a deux places ! » Après vérification, c’est à la pointe nord de la Nouvelle-Calédonie, sur la côte ouest : parfait, on a trouvé notre transport !

La « poule couveuse »

Je suis limite sceptique devant un coup de bol pareil. Nous fêtons cela avec de la Hinano tahitienne et une soirée film dans la tente : Moana (Vaiana en France) qui se passe en Polynésie nous semble tout à fait convenir. Le plan du vendredi était à la base de faire de la randonnée, mais elle tombe à l’eau avec la météo capricieuse, et à la place nous nous faisons déposer au marché par nos sauveurs du camping. Je suis sidérée de voir qu’il n’y a rien au marché, les étals sont vides, à peine quelques bananes. J’apprendrai par la suite que les kanaks ont tout dans leur jardin ou tribu, mais c’est quand même un choc pour moi. 

Petite parenthèse sur la nourriture : le voyage en Calédonie est éprouvant pour moi au niveau culinaire. En Polynésie, c’était limite mais entre les quelques fruits frais que l’on a pu trouver, les supérettes proposant quelques légumes, et les pizzerias plutôt fréquentes, je m’en suis sortie malgré quelques repas « riz blanc – frites » dans certains snacks ou roulottes. Ici, c’est différent : pour résumer grossièrement, il n’y a ni fruits (c’est l’hiver) ni légumes frais dans les supérettes où nous avons pu aller. Nous nous sommes donc nourris de boîtes de conserves, féculents et pain pendant une semaine, ce qui m’a pesé, je l’ai réalisé en quittant le caillou.

Après le marché, nous faisons un saut par un point de vue sur « le sphynx » pour constater qu’il est bien mieux sous cet angle, puis nous préparons nos sacs et partons tout heureux pour la nuit en tribu ! Bizarrement, alors qu’on aura déjà fait une demi-douzaine de trajets en stop à Hienghène, aujourd’hui il n’y a personne sur la route (on est vendredi 13, explication de notre malchance ?) On commence à avoir un peu chaud, enfin on est pris en stop par une voiture de Français qui sont également au camping, ils n’ont qu’une place mais se serrent ! Je leur suis reconnaissante, en un clin d’oeil nous voilà en bas du sentier de la tribu Werap. Plus que 7km … nous aurons plus de chance ici, le premier pick-up qui passe nous attrape. Je commençais à stresser un peu de devoir faire les 14km nous séparant de la tribu à pied… et bien nous serons en fin d’après-midi chez Martial, et avec un petit voyage à l’arrière du pick-up en prime, j’éclate de joie tandis qu’il longe la rivière pour s’enfoncer dans les montagnes, le paysage est entièrement vert, c’est magnifique !

Nos chauffeurs, deux jeunes kanaks, nous indiquent la case de notre hôte ; je me dépêche de préparer la « coutume » en enroulant le tissu autour d’un billet de 500 francs (je vous ai dit qu’ici et en Polynésie on payait en francs ?) et c’est parti : Martial est un kanak bon vivant qui nous accueille chaleureusement en nous remerciant plusieurs fois « du fond du coeur » (en le touchant de la main) et en détournant le regard, ce qui est une marque de respect. Il nous montre la case où nous allons dormir : elle est en briques et les murs ont été tendus de tissus colorés, Olivier et moi sommes enchantés ! 

La case des invités !

Le chef de tribu nous conseille d’aller nous promener un peu avant le dîner et on ne se fait pas prier. La tribu est organisée autour d’une école cette fois-ci et comporte également un espace commun, ainsi qu’un terrain de foot (la valeur universelle !) ainsi qu’un cerf attaché à un poteau, qui n’a des bois que d’un côté, et me brise un peu le coeur. Plus les habituels chiens qui se promènent partout en maîtres du domaine. On aperçoit également le cimetière, et juste derrière c’est la grande forêt, les arbres sont immenses et m’évoquent un mélange entre forêt tropicale et européenne (je ne suis pas une experte…) 

On retraverse la tribu pour prendre un sentier conseillé par Martial. C’est le calme absolu, nous entendons juste les bruits de la nature, rencontrons à peine quelques personnes habitant près de chez notre hôte avant d’être seuls au monde, tout ébahis. Les arbres fruitiers, le vert intense, profond, tout autour du nous, pas de route, pas de voiture, rien du tout, le temps est suspendu. Juste cette nature incroyable et nous. 

Petit aperçu des couleurs calédoniennes

Nous revenons avant la tombée de la nuit et le chef de tribu nous présente ses terres, l’école, la place principale, et surtout les arbres fruitiers, à savoir avocats, mangues, bananes, papayes, litchis, jacquiers, et encore j’en ai oublié ! cela nous évoque le jardin d’Eden et doit être incroyable quand c’est la saison (pas en ce moment hélas). Il nous parle également de la chasse, principale source de nourriture en hiver, nous apercevons plusieurs fusils et bois de cerfs, je suis contente quand le sujet change pour les plantes présentes dans le « jardin » (en pot!). « On vit avec la nature », résume Martial. Je me sens bien ici, détendue, heureuse.

La tribu Werap

 » A table ! » Etant habituée à ne pas pouvoir manger grand chose, j’avais pris quelques crackers dans mon sac au cas où. Ils ne me seront d’aucune utilité ici : on est servis comme des rois. Du riz à la noix de coco, la fameuse salade dont il était question au téléphone, de l’igname nourriture sacrée en Calédonie, très importante dans la spiritualité kanak, tubercule plutôt sec, – du tarotubercule se rapprochant de la patate douce-, de la banane légume cuite – un délice à mi-chemin entre banane et pomme de terre –, de la papaye fraîche, et encore du maïs rôti un peu plus tard. C’est de loin mon meilleur repas dans le Pacifique, nous sommes aux anges.

Mon assiette, l’igname n’y est pas (encore..), au milieu c’est du taro et à droite une banane légume !

Pendant le dîner, nous papotons avec Martial, qui a vécu en France, et s’intéresse à notre métier, tandis que je suis beaucoup plus intéressée par la vie de la tribu mais essaie de ne pas être trop curieuse. Puis nous allons nous coucher dans la case des invités pour une bonne nuit de sommeil. 

Avant de partir, nous avons droit à un petit déjeuner composé de gros beignets et de café (Martial adore le café), et on goûte du jacquier fraîchement coupé, puis nous nous mettons en route après quelques photos souvenir. 

Je vous présente Martial !

On est très vite pris en stop par un Kanak très pro qui part pour une réunion et nous explique un tas de choses pendant le trajet : notamment, c’est la saison de la plantation d’ignames, pendant laquelle les habitants des tribus partent dans les champs plusieurs semaines et vivent sur place, ce qui explique qu’elles soient un peu désertes ! Il nous dépose à la fin du sentier et nous trouvons quasi instantanément un lift pour le camping : un Français et sa compagne calédonienne qui se rendent à un mariage et ont la voiture pleine de sculptures de feuilles et de fleurs, paniers … pour l’occasion : c’est particulièrement joli ! Ils nous expliquent que c’est la mère de la demoiselle qui a tout tressé à partir de feuilles de Pandanus (arbre du coin) qu’elle a cueillies et fait sécher elle-même ! 

Nous retrouvons nos sauveurs et c’est parti pour Poingam : le trajet sera vraiment agréable, nombreuses cascades, un petit arrêt chez un sculpteur, puis nous prenons l’unique bac de Calédonie. Les paysages sont splendides à cet endroit-là, car nous sommes proches du mont Panié, point culminant du caillou : 1600m. Les montagnes colorées malgré la sécheresse, le bleu de la mer … forment un très beau spectacle.

Le bac 

La West Coast dans le prochain carnet !


Quelques photos supplémentaires :

Nouméa :

Poé : 

Le trajet entre Bourail et Poindimié :

Hienghène :

Le sphynx

La tribu Werap:

Le trajet après Hienghène :


Le bac


Cascade près du bac

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