Carnets 13 – La Nouvelle-Calédonie – West Coast

Nous sommes donc en train de traverser la Grande Terre par le nord en compagnie de nos sauveurs. La route est montagneuse et plutôt jolie bien que très aride à mesure que l’on s’approche de l’ouest. En chemin, nous avons tenté de réserver le camping de Poingam, mais il était plein et nous nous sommes rabattus sur un camping au doux nom de « Bora Bora » situé à Poum, peu avant Poingam. On y débarque en plein après-midi. 

Un rapide tour des lieux nous permet de constater qu’ici, il n’y a rien. Du sable, de la mer et une route, le reste est absolument désert. Un camping proche du nôtre est le seul signe de civilisation à des kilomètres à la ronde. Nous comptions aviser sur place pour savoir quand repartir, ce sera rapide. Nous avons en plus la malchance d’avoir un voisin de camping particulièrement pénible qui me semble être présent dans mon voyage uniquement pour me rappeler que ceux-ci n’ouvrent pas toujours l’esprit : grand voyageur plutôt âgé ayant visité la planète entière, sans cesse en train de s’en vanter ou de fourrer son nez dans nos affaires – « elle est pas bonne la ratatouille là hein ?« , bref … Pour éviter de le découper en morceaux au centième pays de son palmarès qu’il mentionne sans raison, je file me reposer sur la plage. Olivier et moi sommes d’accord pour décamper d’ici le plus vite possible et on envisage de replier la tente d’ores et déjà.

Nous en parlons à notre voisin préféré (avec l’espoir inconscient qu’il y perçoive un message ?). Puis nous sommes rejoints par le propriétaire du camping qui nous informe que le bus pour Koumac du lendemain matin passe pile devant le camping. Hum, entre tenter de faire du stop dans le no man’s land en plein cagnard et Mr Casse-Pieds, je préfère encore Mr Casse-Pieds. Cela me fera travailler ma tolérance …
On passe une après-midi tranquille au bord de la mer, je fais quelques longueurs dans l’eau turquoise. La petite péripétie ensuite est que j’ai chopé une écharde dans le pied, il fait presque nuit et Olivier arrive à me la dégager à la lumière de la frontale, c’est le meilleur !

La nuit tombée, la lune fait son apparition. Le plan de la soirée est de se cuisiner un plat de camping et de boire de l’eau désinfectée au moyen de pastilles car l’eau n’est pas potable ici, probablement avec quelques commentaires de Mr Casse-Pieds. Olivier suggère d’aller faire un tour du camping d’à côté, où il a « vu de la lumière » : ce n’est pas une blague, on voit des guirlandes lumineuses depuis la plage et cela a l’air sympa – bon, on a aussi aperçu que le camping faisait peut-être chambre d’hôte, mais notre vraie raison d’y aller aura été la lumière (ou peut-être inconsciemment que cela ne pouvait pas être pire qu’ici). Je pars dans un fou rire principalement dû au fait qu’ici, il n’y a rien ! Rien du tout, alors on peut bien faire un tour au camping d’à côté. Quand nous pensions qu’il n’y avait rien à Rangiroa alors qu’il y avait une demi-douzaine de snacks près de notre logement ! Bref, sur le moment j’ai trouvé cela très drôle et suis partie dans un fou rire irrésistible.

C’est donc parti pour le fameux camping d’à côté, le Kejaon, non sans intervention de Mr Casse-Pieds :  » ah ouais c’est cher là bas et il faut réserver blabla« . Nous débarquons et sommes tout heureux : c’est effectivement une table d’hôtes où la maîtresse de maison, vietnamienne il me semble, s’affaire aux fourneaux, on nous rajoute un couvert. On ne sait pas trop ce que l’on va manger mais cela a l’air bien bon et elle a bien compris que je souhaite plutôt des légumes et du riz. Son conjoint nous sert des bières fraîches qui nous semblent d’autant plus délicieuses qu’à la base nous devions nous contenter d’eau non potable désinfectée au goût de piscine, et je ne vous parle même pas de l’inespérée connexion wifi. Mr Casse-Pieds est vite oublié !
Le repas est délicieux, du riz, deux plats de légumes (enfin!!) cuisinés avec une touche asiatique, et des pancakes à la farine de riz même si je les soupçonne de contenir des oeufs. Nous avons même le droit à un dessert, un porridge au thé vert, lait de coco et perles du Japon, vraiment parfait.

A l’addition, il y a un petit souci : je peux régler le repas, mais réalise que cela va être juste pour payer le bus pour deux pour Koumac. Je n’avais pas fait trop attention au prix, et ils ne prennent pas la carte… je demande à tout hasard s’ils connaissent le prix du bus mais suis mortellement gênée à l’idée que c’est l’adresse en Calédonie où nous aurons été le plus chaleureusement accueillis (avec Martial bien sûr), de plus nous avions promis de passer prendre le petit-déjeuner le lendemain. Le couple nous rassure et nous fait payer un total un peu différent de ce que j’étais censée payer – je suis encore plus gênée … –, en nous proposant de passer prendre le café le lendemain, ce que nous acceptons de bon coeur. Je me promets de leur laisser un super avis sur Tripadvisor et nous rentrons au camping tout contents de notre soirée malgré le petit incident final.

La nuit qui s’ensuit restera gravée dans ma mémoire, je me lève au milieu de la nuit pour aller regarder les étoiles sur la plage. Je suis à la pointe Nord de la Calédonie, au bout du monde, et vis un très beau moment seule sous la voûte céleste en réfléchissant à mon voyage et à ma vie.

Le lendemain, nous retrouvons nos hôtes de la veille non sans les remercier, et destination Koumac. Nous levons le pouce mais finirons par attraper le bus, pour arriver à Koumac en début d’après-midi, et pique-niquer en étudiant ce que nous pourrions faire sur place.  Réponse : plein de choses, mais toutes impliquent de faire du stop (et de probablement galérer car nous sommes dimanche et il n’y a pas un chat dans la ville). On se démotive un peu et choisit de rentrer à Nouméa.

Le trajet est plutôt surprenant, la côte ouest est sèche et déserte, avec plusieurs troupeaux qui se promènent – je comprends pourquoi Elsa qui nous a pris en stop entre Bourail et Poindimié parlait du Texas -, tandis que de l’autre côté de la route, ce sont d’impressionnantes montagnes qui défilent pendant 5h30 sans s’arrêter ! Nous arrivons à l’auberge de jeunesse de Nouméa où a commencé notre aventure calédonienne : il est temps de se reposer un peu.

Après une journée à ne rien faire, on examine un peu les possibilités pour s’évader de Nouméa mais on a un peu trop de contraintes entre un rendez-vous tatouage pour Olivier et une nuit au Méridien que je nous ai offerte avec mes Miles Air France (une pensée pour mon ancien job qui m’a permis de les acquérir !) Finalement nous choisissons de rester sur la capitale et choisissons de visiter le centre culturel Tjibaou, sur les cultures de Mélanésie et du Pacifique. Je suis fascinée par les kanaks et ai très envie d’en apprendre plus sur eux. En chemin vers le bus, nous sommes guidés par un kanak qui nous fait la conversation, il n’est pas très à l’aise avec nous et s’excuse toutes les 2 minutes. Nous lui expliquons que nous avons fait le tour de la Grande Terre et avons vu Hienghène, et là, c’est un autre homme. Son visage s’éclaire entièrement et il nous demande avec un large sourire : « Hyehen ? Vous êtes allés à Hyehen ? vous avez vu la poule ? » C’est donc vrai que cet endroit est spécial dans le coeur des locaux !

Le centre culturel est fascinant : il est construit comme un village kanak avec ses cases et son jardin, lesdites cases étant inachevées pour montrer que la culture du Pacifique est toujours en devenir. Au début, je suis un peu déroutée car je voulais apprendre l’histoire de Calédonie, comment sont arrivés ses habitants … mais il n’y a pas vraiment de logique dans le musée, les cases traitent de sujets complètement différents. 

Je prends les choses comme elles viennent et c’est parti pour : l’histoire de Jean Marie Tjibaou, figure du nationalisme kanak, art contemporain ou traditionnel de Mélanésie, un topo sur la révolte kanak de 1917, qui me met particulièrement mal à l’aise (colons de Métropole enrôlant des Tahitiens et Kanaks pour endiguer la révolute …), me permet néanmoins de mieux connaître l’histoire du caillou, colonisé par les Français pendant une centaine d’années, et d’admirer le courage des rebelles.

Le musée se poursuit par « le chemin kanak » : dans le grand jardin qui entoure le bâtiment, nous suivons un itinéraire abordant la spiritualité kanak, ses mythes fondateurs, et ses liens avec les autres cultures du Pacifique (maoris, aborigènes …), les principales plantes du caillou et leur importance, les arbres, la nourriture … pour se terminer avec un village kanak reconstitué. Je suis enchantée et trouve (avec le peu de références que j’ai) qu’il n’y avait finalement pas meilleure manière de présenter cette culture que de l’aborder par son ancrage à la terre, comme elle me l’a été présentée en tribu.

Cette après-midi se termine avec un restaurant local sur lequel nous tombons complètement par hasard et où je peux à nouveau déguster de la bonne cuisine calédonienne, igname, coco … puis c’est soirée ciné (oui on est un peu en manque d’idées d’activités à Nouméa). Le lendemain, je file au Méridien tandis qu’Olivier passe sous les aiguilles, et nous fêtons le tatouage avec des bières et la vue sur les jardins de l’hôtel, dont de splendides pins colonnaires

La journée suivante, dernière d’Olivier dans le Pacifique, sera sous le signe de la piscine et d’un ciel bleu sans nuage. 

Lorsque nous rentrons du Méridien, nous tombons sur un festival où la Polynésie est à l’honneur : danses, ukulélés, nourriture … nous sommes tout heureux et en profitons pour acheter du poé, dessert à base de fruits cuits imprégnés de lait de coco que je n’avais pas eu l’occasion de tester là-bas.

Je dis au revoir à mon compagnon de voyage et passe une dernière journée tranquille avant de me diriger vers ma dernière soirée calédonienne : Romain, rencontré au Burning Man, m’invite à une soirée « guitare musique barbec » chez son frangin. Moi qui étais un peu triste d’avoir fini mon voyage avec Olivier, la soirée est un bonheur total : guitare, rencontres, bonne musique, discussions metal, on chante du Guns, Metallica, Pink Floyd, Doors (super Riders on the storm!)… je ressuscite avec une guitare à la main, cela fait du bien !

 Je ne dors qu’une heure cette nuit-là avant d’être déposée par la copine de Romain à l’arrêt de bus pour l’aéroport, je suis encore toute heureuse de cette dernière soirée en Calédonie.

Destination Bali, avec un stop d’une nuit à Sydney qui me rappelle de nombreux souvenirs car c’est un de mes premiers voyages seule (enfin sans ma famille), et me permet d’aller boire un verre avec Ludovic et Elsa qui font également le tour du monde. Et enfin, j’embarque pour l’Asie !

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Carnets 6 – Le Burning Man

J’ai vécu une semaine dans le désert.

J’ai dansé jusqu’au lever du soleil.

J’ai été seule au milieu d’une tempête de sable.

Je me suis promenée avec deux guitaristes pour chanter des chansons aux gens.

J’ai écrit le nom de mon grand-oncle, décédé cette année, sur le grand temple en bois qui a brûlé à la fin de la semaine entouré de 50 000 personnes dans un silence religieux.

J’ai passé deux jours à préparer un camp de 36 personnes avec courses pour une semaine de repas pour tout le monde, nettoyage, rangement …

J’ai fait un tour dans un avion 4 places.

J’ai rencontré un homme d’une soixantaine d’années qui plaque tout pour aller silloner le monde en bateau.

J’ai trouvé mon animal totem.

J’ai rencontré des Brésiliens, Pakistanais, Australiens, des grand-mères, des bébés, des drogués, des artistes, des gens nus, des costumes improbables, mon playa boy, et un groupe de Français avec qui j’ai vécu 24h/24 et que je n’oublierai jamais.
J’ai vu un camp de concentration de Barbies destiné à montrer le mal que Barbie a fait au monde actuel.

J’ai vu des oeuvres d’art dans le silence du désert.

J’ai fait du vélo la nuit dans le paysage incroyable que forment 50 000 personnes éclairées par des LED.

J’ai pris une décharge électrique. (Mais pas de drogues)

J’ai regardé une personne dans les yeux pendant deux minutes.

J’ai fait du yoga, du trampoline, bu du thé, mangé des fruits frais bio de Californie, joué dans un bus-piscine à balles, fait des câlins, reçu des cadeaux, des massages, des cocktails, discuté de choses essentielles, fait des gaffes, un shooting, des crêpes et des rencontres incroyables.

J’ai dansé en boite en pleine après-midi, j’ai dansé dans une boite avec des flammes au plafond, j’ai dansé sur du metal, j’ai dansé en plein désert à 4h du matin, j’ai dansé sur Sia devant un frigo ouvert avec Caticha et Marie.

J’ai retrouvé les personnes que je cherchais au milieu de 50 000 personnes en pleine nuit.

J’ai dormi 3 heures en trois jours.

Je suis allée dans un hamac géant, dans un pub irlandais, dans un endroit avec plein de matelas, sous un dome de lumière qui donnait l’impression d’être dans un voyage spatial, dans une maison de 4 étages, dans une oeuvre d’art, dans le Tardis de Doctor Who, dans un bureau de poste, sur un porte-bagage, dans une foule silencieuse…

Je me suis roulée dans le sable. (c’est la tradition à l’arrivée)

J’ai passé une soirée dans un bar miteux absolument génial qui a pour toute décoration un faux chien.

J’ai tatoué leur groupe préféré au marqueur à une vingtaine de personnes pour une aprem metal.

J’ai couru à 4h30 du matin au milieu des oeuvres d’art dans le désert.

J’ai passé une semaine à entendre « Hello I am Gérald, this is my friend Ingrid, she comes from space ! »

J’ai rencontré un homme d’un certain âge qui a voyagé sur un bateau pendant 17 ans et connaissait toutes les îles du Pacifique, mais qui passait sa matinée en plein soleil pour placer les gens qui attendaient pour faire un tour d’avion. Ce même gars donnait une conférence quelques jours plus tard sur « tout plaquer, quitter son travail et aller vivre ses rêves ».

J’ai pleuré, j’ai eu des fou rires incroyables, et j’ai serré plus de personnes dans mes bras que pendant le reste de ma vie.

J’ai passé une semaine à ne rien payer, ne rien exiger, à donner, à recevoir, à remercier, à aller dans des boîtes de nuit incroyables construites pendant des mois par des personnes dont le seul but est de faire plaisir. Comme les pilotes d’avion, comme les barmaids qui servent des mojitos ou des cocktails à base de fruits frais, comme les profs de yoga, comme ceux qui construisent des oeuvres d’art monumentales, comme ceux qui ont crié « I love you » à la foule, comme ceux qui se promènent avec un brumisateur ou une bouteille de whisky, et comme tous les autres.

Je suis allée au Burning Man, l’endroit où, quand tu arrives, on te dit « Welcome home ».

Je vous raconte tout cela plus en détail dans le prochain article. En attendant, quelques photos :

L’arrivée sur la playa :
Les camps :

Yoga du matin

Bar à thé

La playa et ses œuvres d’art :

Le temple :

La « dust » :

La nuit :

Le lever de soleil sur la playa :

Le tour en avion:

Les gens :

Les toilettes :

Les couchers de soleil :

Les vélos :

Les art cars :

Mon camp, les Dusty Frogz, et notre tour Eiffel en bois construite en deux jours :

La balade avec les guitaristes :

Le temple qui brûle à la fin du Burning Man :

Merci à Steve, Gérald, Marie, Julien, Nico, Thomas, Mike, Moon, Marie, Matthieu, JB, Cat, Romain, Thibault, Lucille, Stephane, Renaud, les autres Dusty Frogz, Steven, Nick, Rita, Sarah, Chelsea, Michael, Erin, Wilfred, Matthew, et à toutes les autres personnes qui ont fait de mon Burning Man un moment extraordinaire.

Carnets 2 – Montréal et Québec

Plus de photos en fin d’article !

Montréal

A Montréal, le dernier jour avant mon départ, j’ai une conversation avec Florence, qui m’héberge, et sa maman Marie-Cat sur l’accueil des immigrants au Canada et le racisme en France (Marie-Cat est née en France). C’est une véritable bouffée d’oxygène pour moi que d’entendre Marie-Cat constater le racisme en France et le peu de choses que l’on fait pour intégrer les personnes souhaitant y vivre – ou forcées d’y vivre, mais passons. Quant à Florence, elle qualifie simplement certains propos racistes qu’elle a entendus en France d' »inacceptables« . Tout est différent au Canada. Bien sûr, la situation économique et la quantité de personnes demandant à y vivre n’est pas la même. Mais cela fait vraiment chaud au cœur de voir tous ces quartiers qui s’imbriquent, portugais, méditerranéen, chinois …

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Street art dans le quartier portugais

Près de chez Florence, un immense supermarché sur le thème de la nourriture méditerranéenne, libanaise … est bondé et fréquenté par des personnes de toutes origines. Le quartier portugais est parsemé de restos sympa et d’impressionnantes œuvres de street art que je prends en photo une vingtaine de fois.

Le festival « Bouffons Montréal » où je déguste une poutine végane avec Joris et Séverine, présente un melting pot de cuisines de la Jamaïque à la Gaspésie (région du Canada) en passant par la Provence et le Japon.
Au parc Jeanne-Mance près du Mont-Royal, on croise l’ancien responsable de la chorale de Florence, un pasteur congolais installé a Montréal, elle me dit que son parcours de vie est incroyable. Le lendemain de mon arrivée, on hésite entre un festival haïtien, une fête cubaine et une soirée electro – finalement on fera les deux premiers, on y croisera Dany Laferrière (auteur d’origine haïtienne élu à l’Académie française) et on finira par un feu d’artifice sur le vieux port de Montréal, entouré de familles et touristes de tous horizons.

Oka

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Un détour par Oka (à une demi-heure de Montréal) me permet d’aller admirer la région : traversée de la rivière des Mille-Iles qui semble bien porter son nom, plage de sable fin qui borde un lac tout bleu auquel se mêle le vert foncé des sapins omniprésents … la plage est bondée et on entend de l’espagnol, de l’anglais, du français de France et du Québec, du portugais brésilien … On déguste notre repas acheté au supermarché libanais tandis que j’essaie de me remettre de ce mélange des cultures (et du prix de l’entrée du parc). Florence contrebalance mon enthousiasme en me racontant les révoltes ayant eu lieu à Oka dans les années 1990 suite à la volonté d’une entreprise locale de s’établir sur un ancien cimetière indien. Tout n’est pas rose au Québec…

Montréal again

Le 31 juillet, c’est repos, footing caniculaire, Game of Thrones, préparation de la suite de mon voyage et enfin une soirée dans le quartier animé et plus anglophone de Villa Maria où on retrouve Jessyka, une bonne amie de Florence.

Je l’avais déjà vue au Brésil mais cette soirée avec elle me marque profondément : Jessyka est sage-femme. Sauf que contrairement à la version française, les sage-femmes québécoises sont responsables de la grossesse et de l’accouchement des femmes souhaitant accoucher par elles-mêmes, à la maison – c’est donc globalement la future maman qui fait tout le travail lors de l’accouchement où la sage-femme n’intervient qu’en cas d’urgence.

Je suis ébahie devant cette vision de la maternité qui me paraît tellement simple, évidente, naturelle, surtout comparé à nos hôpitaux. J’ai vraiment l’impression de débarquer d’une autre planète.
A ma question « mais tu ne dois pas soutenir la maman, l’encourager ? » Jess répond du tac au tac avec un franc-parler bien québécois : « t’as besoin de soutien quand tu fais caca ? C’est pareil. » La soirée tourne beaucoup autour de ça, je veux tout apprendre. Et de fous rires mémorables que je ne peux pas raconter ici ! Après un petit tour nocturne dans les quartiers plus huppés de Montréal, je retourne me coucher, encore toute bouleversée de ce que j’ai appris pendant la journée.

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Le lendemain, après un passage au marché Jean-Talon (ci-dessus) pour un nouveau kaléidoscope de cultures, et d’une foule où se mélangent tatoués, familles, grand-mères et toutes les nuances de couleur de peau imaginables, on part randonner un peu dans la réserve de l’université McGill à Mont Saint-Hilaire avec Fleur, une autre amie de Florence qui semble également avoir vécu pas mal de choses. Un lac magnifique – hélas interdit d’accès … -, des biches et écureuils, et un super point de vue sur les environs complètent ce tableau ensoleillé. Je me sens tellement bien que j’ai l’impression d’être une personne complètement différente de celle qui pestait contre la pluie new-yorkaise.

Je quitte Montréal après avoir grimpé le Mont-Royal en courant, le cœur léger car je sais que je reviens bientôt.

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Et encore, j’ai oublié tant de choses … les franco-québécois avec qui j’ai sympathisé en attendant Joris, parce que je regardais un magasin de musique. La nourriture végane partout. Les chauffeurs de bus qui te font payer moins cher quand tu n’as pas toute la monnaie qu’il faut. Les gens qui s’habillent comme ils veulent sans se soucier des regards. Spaceballs au cinéma de plein air. La piscine près de chez Florence, immense et gratuite. La « vibe » de Montréal (dixit mon amie) qui est difficile à définir mais qui n’est déjà pas les rames de métro futuristes sorties tout droit de Disneyland. Le tutoiement, les inconnus qui t’abordent tranquillement, et d’autres choses que j’ai oubliées et qui ont contribué à faire de Montréal un de mes gros coups de foudre en matière de grandes villes (et pourtant j’ai vu Rio et Hong Kong !).

 

 

Québec

C’est parti pour Québec en covoiturage avec des gens vraiment adorables. Je rejoins ensuite mon auberge, réservée à l’arrache parce qu’aucune de mes demandes de couchsurfing n’aboutissait. Et là, c’est le drame ! Mon logement est à 10 km du vieux Québec – ce qui n’est rien dans une ville avec des transports en commun potables – sauf qu’ici cela correspond à 1h30 en transports et 3 bus de deux agglomérations différentes. Je me mords les doigts de n’avoir pas regardé l’itinéraire plus en détail, mais 10 km c’est très peu, l’auberge était bien notée, et fournit une navette gratuite sauf qu’il n’y en a pas en soirée. Je pars quand même explorer le vieux Québec que je trouve vraiment joli malgré l’état d’esprit bien négatif dans lequel je suis.

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Mon seul souvenir du no man’s land

Un sentiment « vieux continent » flotte encore dans cette ville qui multiplie les hommages à l’Europe de 1600 qui envoya ses filles et ses fils peupler la « Nouvelle France ». Ruelles fleuries et maisons portant le nom de leur fondateur complètent la carte postale, assortie d’un feu d’artifice au-dessus des eaux du Saint-Laurent. Encore un ? Oui, car les Québécois voient leurs étés illuminés d’effets pyrotechniques tous les ans à l’occasion de l’International des Feux Loto-Québec – qui rassemble des artificiers du monde entier –, et de plus, on célèbre cette année les 375 ans de la ville de Montréal !

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Je ne regrette pas d’être venue, mais abandonne lâchement la partie pour rentrer en Uber quand je vois que celui-ci me fait économiser 1h30 de trajet.

Le lendemain, je saute dans une navette pour fuir le no man’s land où j’étais, non sans me demander une dernière fois pourquoi diantre ouvrir une auberge de jeunesse estampillée « backpacker » dans un endroit accessible uniquement en voiture ou presque. Par miracle, j’ai trouvé un covoiturage pour Tadoussac (à minuit la veille, cette journée n’était pas totalement perdue). Je me promène encore un peu dans le vieux Québec, d’où je réserve une rando de trois jours dans ma future destination. Puis je rencontre mon super covoitureur, Anthony de Martinique, qui me liste tous les bons plans pour aller observer les baleines. Bye bye Québec !

Quelques photos supplémentaires :

Le vieux Montréal :

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Le quartier du plateau – Mont Royal :

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Oka :

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Marché Jean-Talon :

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Réserve McGill :

Québec :

Carnets 1 – New York, Boston et Peddocks Island

New York 

    Difficile de partir pour 6 mois de voyage et de savourer les premiers jours sans penser à ce qui m’attend ou à mes derniers jours en France qui furent plutôt intenses. 
    Difficile de se retrouver à New York et de me motiver pour arpenter cette ville où je suis déjà allée alors qu’il pleut et que je suis un peu décalée. 
    Et pourtant, en quelques jours la magie opère : Central Park que je parcours une paire de fois en marchant ou en courant, ses écureuils et lumières émises par le sol (?), Chinatown, Little Italy, le ferry pour voir la statue de la liberté sur un coucher de soleil trempé de nuages. Errer au hasard dans les rues et tomber sur un super panorama du fleuve Hudson, un tag de Banksy, un petit marché bio ou un jardin communautaire.

    Capitulant devant le temps pluvieux, aller explorer le musée d’Histoire Naturelle et le MET et y rencontrer Luis qui sera mon meilleur souvenir de New York : après de grandes conversations sur l’impressionisme au musée, on part se balader à Central Park où j’en apprends un peu plus sur sa vie d’ingénieur IT pour la Navy. Après qu’il m’ait fait écouter du Erik Satie, on se met en quête d’une « cheap New York pizza » et on en trouve une à 99 centimes la part – on pouvait difficilement faire mieux ! 
    On la déguste au milieu des lumières et des touristes de Times Square après un bain de foule qui menaça plusieurs fois notre gigantesque pizza et de nombreux fous rires. Puis Luis reprend son bus pour Washington où il habite. J’ai vraiment adoré le rencontrer, il a mis un peu de piment à ces trois jours new yorkais.  Il m’a laissé un petit cadre qu’il a acheté au MET en compensation du repas. Au dos il a écrit : « You and I share the same interests : adventure and art ».


Boston & Peddocks Island

    Parfois ce sont les pires a priori qui donnent les meilleurs souvenirs. 
    J’étais plutôt fière d’avoir trouvé un plan pour camper à Peddocks Island dans la baie de Boston et m’économiser la nuit en ville, hors de prix. Me voilà donc partie, après un voyage en bus moyennement confortable et un énorme plat de nouilles dans le Chinatown de Boston, pour arpenter la ville avant de prendre le ferry pour Peddocks Island, qui je l’imagine est en fin d’après-midi. J’appelle quand même la ranger du parc dans le doute : « Le dernier ferry est à 15h30 ! » Panique, il est 15h15 et je suis à l’autre bout de la ville. Je prends un taxi qui après s’être trompé m’amène au port à 15h35 où j’apprends qu’en fait il n’y avait pas de ferry à 15h30. 
    Je parlemente avec la ranger pendant une dizaine de minutes au téléphone en lui faisant bien comprendre que je suis désespérée et vais devoir dormir dehors si elle ne m’aide pas (en gros), elle est plutôt compréhensive et me dit qu’elle va faire son possible et que je dois rester près du port. 2 minutes plus tard, une dame vient m’expliquer qu’un ferry va m’emmener sur une île où je pourrai prendre le bateau pour Peddocks Island. C’est donc parti pour 30mn de ferry absolument vide alors qu’une minute auparavant je pensais devoir débourser une centaine d’euros pour dormir en auberge.

      Et enfin, me voilà à Peddocks Island ! A part un peu d’eau potable et des toilettes sèches, il n’y a pas d’installation de camping, juste une belle clairière où monter la tente. L’île comporte aussi une église à l’ancienne, des anciens baraquements militaires, des forêts, une plage et même des cerfs – j’en rencontre un 5 minutes après m’être installée ! Je me sens vraiment bien sur ce bout de terre, véritable bol d’air après New York, juste de l’herbe, des arbres et l’océan.

      Mes voisins de camping m’ont l’air sympa donc je me lance pour aller faire connaissance. Martin d’Angleterre, Cassie de New York et leurs enfants ainsi que Brent du Minnesota et ses enfants sont vraiment adorables et me conseillent d’aller regarder le coucher de soleil sur le côté de l’île où l’on voit également la « skyline » de Boston. C’est l’occasion d’essayer – sans succès … ni beaucoup de motivation – de faire du feu tout en admirant le spectacle du soleil flamboyant au milieu des gratte-ciel au bord de l’horizon.

      Puis arrive Joseph, l’un des enfants des voisins, qui me propose un « s’more ». Je me joins à eux et c’est parti pour une soirée avec énorme feu de camp, guitare, chants à tue-tête avec toute la famille, s’mores (cracker + chocolat sur lequel on dépose un marshmallow chauffé au feu qui fait fondre le chocolat, absolument pas vegan mais je ne pouvais pas ne pas tester). L’une des filles connaît Graceland de Paul Simon par coeur, l’un des garçons me bombarde de questions sur la Tour Eiffel, les enfants nous épatent avec leur interprétation des chansons de Moana. Je me souviendrai longtemps de cette soirée !

      Le lendemain, c’est exploration de Boston et achats pour ma 2e nuit de camping et mes 8h de bus pour Montréal qui suivront. La ville est petite et se fait facilement à pied le long du « freedom trail », qui retrace l’histoire des colons américains et de leur indépendance. Maisons en briques rouges, petites églises, personnalités marquantes comme Benjamin Franklin ou Samuel Adams, une très bonne balade ensoleillée qui se termine par une énorme salade au quinoa et kale. 

        Je reprends le ferry – à l’heure cette fois – pour Peddocks Island où je croise mes voisins qui me proposent des bières. « I would have bought you a beer but I didn’t want to look presomptuous, so would you like a beer ? »
        Après un dîner tous ensemble, exploration des baraquements militaires où nous sommes guidés par les enfants qui ont déjà tout visité armés de talkies walkies. Une nouvelle soirée autour du feu s’ensuit même si Brent et Joseph ne sont pas là, et le lendemain je dis au revoir à tout le monde avec un petit pincement au coeur.
        Je me promène ensuite – avec 9 kg supplémentaires – dans le quartier de Old North Church à Boston où j’ai un coup de coeur pour ses rues tortueuses bordées de maisons en briques rouges et ses petits restaurants italiens qui ont l’air bien plus authentiques que ceux de Little Italy. Un coup d’oeil au vaisseau USS Constitution et je me dirige vers la gare routière, prochaine destination : Montréal !

      Quelques photos supplémentaires :

      Ferry de Staten Island :

      Chinatown, Little Italy :

      Musée d’Histoire Naturelle

      MET :

      Boston :

      Comment être sûr d’avoir une place pour le Burning Man !

      Ni hao !

      Si vous êtes un peu artiste/aventurier/perché, vous avez sûrement entendu parler du Burning Man, l’un des plus populaires festivals de la planète, et pour cause : il dure une semaine, au milieu du désert du Nevada, est envahi d’installations d’art plus impressionnantes les unes que les autres, a pour philosophie de laisser le désert identique à l’arrivée et au départ (« leave no trace ») … Je vous en dirai plus lorsque j’en reviendrai, mais en attendant, je peux vous expliquer comment avoir une place pour le Burning Man à (presque) tous les coups, car déjà rien qu’acheter sa place est un évènement !

       

       

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      N’étant pas encore allée au Burning Man, cet article sera illustré avec des photos du désert de White Sands au Nouveau-Mexique !

       

       

      Il faut savoir que Burning Man est très populaire et connu dans le monde entier : il rassemble plus de 70 000 personnes chaque année. Les places s’arrachent en moins d’une heure après leur mise en vente… mais ! il y a plusieurs mises en vente de places et après m’être longuement arraché les cheveux sur le sujet et avoir mobilisé mes ami.e.s pour m’aider (merci Agent Pétronille !), je pense en savoir suffisamment sur le sujet pour vous expliquer un peu le fonctionnement des places pour le festival.

       

      Voici les possibilités que vous avez pour avoir le saint Graal… je veux dire votre ticket :

      1. Les places à 1200 $

      Le ticket standard pour le Burning Man coûte 425 $ auxquels il faut ajouter environ 60 $ de taxes. Inutile de dire qu’à moins d’avoir gagné au loto, je ne vois pas pourquoi payer trois fois plus cher. Néanmoins si vous voulez être sûr à 100% d’avoir une place, celles-ci peuvent être achetées à tout moment et vous garantissent votre entrée à Black Rock City (le nom de la ville éphémère formée par le Burning Man dans le désert).

       

      2. La Main Sale

      J’espère que vous aimez les sensations fortes : pendant la Main Sale, vous êtes en compétition avec 70 000 personnes qui vont cliquer en même temps que vous pour acheter un billet, puis c’est le suspense total pendant une demi-heure pour savoir si vous avez été assez rapide.

      Une semaine avant la vente, vous devez vous enregistrer sur le site « Burner profiles » (je vous mets tous les liens en fin d’article), en vérifiant bien quel délai vous avez pour vous inscrire car c’est assez court (2 jours environ). Puis il vous faut patienter jusqu’à la Main Sale. A l’heure pétante ce jour-là, un bouton apparaîtra sur la page d’accueil du Burner Profile, dans la marge de droite près du bouton pour acheter des tickets à 1200$ (tout est bon pour gagner des dixièmes de seconde !).

      Voici mes conseils pour survivre à cette épreuve :
      – faites attention au décalage horaire entre San Francisco et Paris selon l’hiver et l’été…
      – soyez dans un endroit tranquille, sur un PC, avec le meilleur réseau wifi possible.
      – je conseille de mobiliser des amis. Pour cela j’ai créé autant de comptes que d’amis qui pouvaient m’aider et je leur ai demandé de cliquer au bon moment.

      Ensuite, c’est le grand frisson, avec une petite barre d’avancement qui progresse douuucement, avant de vous dire si oui ou non vous avez gagné le saint Graal de la fiesta dans le désert.

       

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      3. La revente sécurisée (STEP)

       

      Si vous êtes revenu bredouille de la Main Sale, pas de panique : une autre solution s’offre à vous : la revente sécurisée de tickets du Burning Man, encadrée par l’organisation du festival pour éviter toute mauvaise surprise. Vous vous enregistrez sur la liste d’attente pour ces billets et recevez un mail quand c’est votre tour. Vous avez ensuite 72h à compter de l’envoi du mail pour prendre votre place.
      Pas d’enregistrement une semaine avant cette fois-ci, juste se pointer à l’heure H (ou plutôt une demi-heure avant) devant son ordinateur et attendre l’apparition du bouton magique dans la marge de droite.

       

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      A ce moment-là, votre coeur fait un triple salto dans votre poitrine !

      C’est grâce au STEP que j’ai eu ma place en mobilisant des amis que je ne remercierai jamais assez (encore merci à mes agents spéciaux !), nous avons cliqué au bon moment sur le bouton et hop !

      Ensuite, il faut attendre de recevoir un mail de Ticketfly, qui peut arriver le jour même ou des semaines plus tard … donc si vous n’êtes pas super flexible sur les dates, ce n’est peut-être pas la meilleure option. Néanmoins chez nous, pour 3 demandes de ticket via STEP, j’ai reçu 3 invitations à prendre une place : une la semaine même, et les autres 2 et 4 semaines plus tard environ.

       

      4. La OMG sale (ou la dernière chance)

      Fin juillet, une vente de la dernière chance a lieu, similaire à la Main Sale : il faut également s’enregistrer une semaine avant, et se préparer au grand frisson une fois de plus ! 2000 places sont mises à disposition pendant cette vente.

       

       

      5. Cas particulier : le Low income ticket program

      4000 tickets à 190$ sont mis à disposition pour les personnes aux revenus modestes, il faut pour cela faire une demande sur la page dédiée du Burning Man (voir liens utiles en fin d’article). Je ne connais pas les conditions de revenus et leur applicabilité, mais payer moins de la moitié du prix d’entrée, cela se tente, non ?

      La prochaine fois, je vous expliquerai comment s’organiser pour aller au Burning Man et survivre dans le désert pendant une semaine !

       

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      Liens utiles :

      Site d’achat de ticket (Burner profiles)
      Demande de ticket Low Income
      FAQ ticket Burning Man