Carnets 6 – Le Burning Man

J’ai vécu une semaine dans le désert.

J’ai dansé jusqu’au lever du soleil.

J’ai été seule au milieu d’une tempête de sable.

Je me suis promenée avec deux guitaristes pour chanter des chansons aux gens.

J’ai écrit le nom de mon grand-oncle, décédé cette année, sur le grand temple en bois qui a brûlé à la fin de la semaine entouré de 50 000 personnes dans un silence religieux.

J’ai passé deux jours à préparer un camp de 36 personnes avec courses pour une semaine de repas pour tout le monde, nettoyage, rangement …

J’ai fait un tour dans un avion 4 places.

J’ai rencontré un homme d’une soixantaine d’années qui plaque tout pour aller silloner le monde en bateau.

J’ai trouvé mon animal totem.

J’ai rencontré des Brésiliens, Pakistanais, Australiens, des grand-mères, des bébés, des drogués, des artistes, des gens nus, des costumes improbables, mon playa boy, et un groupe de Français avec qui j’ai vécu 24h/24 et que je n’oublierai jamais.
J’ai vu un camp de concentration de Barbies destiné à montrer le mal que Barbie a fait au monde actuel.

J’ai vu des oeuvres d’art dans le silence du désert.

J’ai fait du vélo la nuit dans le paysage incroyable que forment 50 000 personnes éclairées par des LED.

J’ai pris une décharge électrique. (Mais pas de drogues)

J’ai regardé une personne dans les yeux pendant deux minutes.

J’ai fait du yoga, du trampoline, bu du thé, mangé des fruits frais bio de Californie, joué dans un bus-piscine à balles, fait des câlins, reçu des cadeaux, des massages, des cocktails, discuté de choses essentielles, fait des gaffes, un shooting, des crêpes et des rencontres incroyables.

J’ai dansé en boite en pleine après-midi, j’ai dansé dans une boite avec des flammes au plafond, j’ai dansé sur du metal, j’ai dansé en plein désert à 4h du matin, j’ai dansé sur Sia devant un frigo ouvert avec Caticha et Marie.

J’ai retrouvé les personnes que je cherchais au milieu de 50 000 personnes en pleine nuit.

J’ai dormi 3 heures en trois jours.

Je suis allée dans un hamac géant, dans un pub irlandais, dans un endroit avec plein de matelas, sous un dome de lumière qui donnait l’impression d’être dans un voyage spatial, dans une maison de 4 étages, dans une oeuvre d’art, dans le Tardis de Doctor Who, dans un bureau de poste, sur un porte-bagage, dans une foule silencieuse…

Je me suis roulée dans le sable. (c’est la tradition à l’arrivée)

J’ai passé une soirée dans un bar miteux absolument génial qui a pour toute décoration un faux chien.

J’ai tatoué leur groupe préféré au marqueur à une vingtaine de personnes pour une aprem metal.

J’ai couru à 4h30 du matin au milieu des oeuvres d’art dans le désert.

J’ai passé une semaine à entendre « Hello I am Gérald, this is my friend Ingrid, she comes from space ! »

J’ai rencontré un homme d’un certain âge qui a voyagé sur un bateau pendant 17 ans et connaissait toutes les îles du Pacifique, mais qui passait sa matinée en plein soleil pour placer les gens qui attendaient pour faire un tour d’avion. Ce même gars donnait une conférence quelques jours plus tard sur « tout plaquer, quitter son travail et aller vivre ses rêves ».

J’ai pleuré, j’ai eu des fou rires incroyables, et j’ai serré plus de personnes dans mes bras que pendant le reste de ma vie.

J’ai passé une semaine à ne rien payer, ne rien exiger, à donner, à recevoir, à remercier, à aller dans des boîtes de nuit incroyables construites pendant des mois par des personnes dont le seul but est de faire plaisir. Comme les pilotes d’avion, comme les barmaids qui servent des mojitos ou des cocktails à base de fruits frais, comme les profs de yoga, comme ceux qui construisent des oeuvres d’art monumentales, comme ceux qui ont crié « I love you » à la foule, comme ceux qui se promènent avec un brumisateur ou une bouteille de whisky, et comme tous les autres.

Je suis allée au Burning Man, l’endroit où, quand tu arrives, on te dit « Welcome home ».

Je vous raconte tout cela plus en détail dans le prochain article. En attendant, quelques photos :

L’arrivée sur la playa :
Les camps :

Yoga du matin

Bar à thé



La playa et ses œuvres d’art :

Le temple :

La « dust » :

La nuit :

Le lever de soleil sur la playa :

Le tour en avion:

 

Les gens :

Les toilettes :

Les couchers de soleil :

Les vélos :

Les art cars :

Mon camp, les Dusty Frogz, et notre tour Eiffel en bois construite en deux jours :

La balade avec les guitaristes :

Le temple qui brûle à la fin du Burning Man :


Merci à Steve, Gérald, Marie, Julien, Nico, Thomas, Mike, Moon, Marie, Matthieu, JB, Cat, Romain, Thibault, Lucille, Stephane, Renaud, les autres Dusty Frogz, Steven, Nick, Rita, Sarah, Chelsea, Michael, Erin, Wilfred, Matthew, et à toutes les autres personnes qui ont fait de mon Burning Man un moment extraordinaire.



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Carnets 5 – San Francisco et Yosemite Park

Ville de nombreux extrêmes, de liberté, de richesse et de pauvreté, San Francisco ne m’a pas laissée indifférente. Difficile de dire si j’aime ou non la ville de la Silicon Valley, des hippies, du Golden Gate Bridge, du mauvais temps en permanence et de la concentration de SDF la plus importante que j’ai vue dans ma vie.

Et pourtant, j’ai l’impression de réaliser un rêve en venant ici tant on est sur une autre planète : celle de la liberté, de la révolution numérique, du Burning Man, de la tolérance envers tous.

A l’entrée d’un bar, vers Castro 

A « The Bay » (le petit nom de la ville), les loyers peuvent s’élever jusqu’à 5000 dollars pour un appartement de taille moyenne tandis que des « homeless » et des drogués habitent dans des tentes dans la rue. Gérald qui voyage avec moi en Californie, me présente Jazzwall qui travaille dans la cryptofinance et est sur le point de lever plusieurs millions de dollars, nous dit-il autour d’un kava – boisson énergisante de Fidji au gout de terre

Le kava avec Gérald et Jazzwall

Jazzwall est allé plusieurs fois au Burning Man et nous donne quelques conseils et expériences qui me font l’effet d’une petite fenêtre par laquelle on devine un monde gigantesque. On parcourt ensemble les évènements à San Francisco à la recherche d’un truc à faire : extatic dance (danse en silence pendant plusieurs heures chacun pour soi), cuddle party (câlins sans aller plus loin), concerts de styles musicaux improbables … On parle de développement personnel, de finance, de nutrition, de polyamour (tout le monde l’est dans sa coloc)… je lui dis que je pense que dans 10 ans ce sera pareil à Paris. A côté de cela, il nous déconseille de rentrer à pied à notre Airbnb à Oakland, et s’est fait casser plusieurs fois les vitres de sa voiture. Dans le bar à kava, il parle au barman et découvre qu’ils étaient amis à New York il y a quelques années.

San Francisco me fera beaucoup d’effet par son architecture : j’en prends plein les yeux avec ses maisons victoriennes colorées plus belles les unes que les autres.

Par exemple, les Seven Painted Ladies ci-dessus, mais aussi …

Le quartier tout en hauteurs de Lombard Street, Chinatown, et bien sur le cable car qui sillone tout cela peu importe le dénivelé. On discute avec son pilote Reggie : il travaille de 6h à minuit tous les jours, à l’arrière du cable car à l’orienter d’un mouvement de bras. Je lui demande « Do you like it ? » « No. But I can’t change because this is what I do. If I wanted to change it would be complicated. Keep it simple ».

Impossible de visiter San Francisco sans passer par les quartiers de Castro et Mission, fiefs de la communauté LGBT – d’ailleurs je conseille fortement le film Milk de Gus Van Sant avec Sean Penn en Harvey Milk. On se pointe innocemment au Moby Dick qui est un des incontournables du quartier et au bout de 2 minutes on est abordés par Israel, d’origine espagnole et mexicaine et qui assume carrément sa sexualité. On accroche bien avec lui et il se sent investi de la mission de nous faire découvrir Castro : nous voilà dans une des « place to be » du quartier. J’aime beaucoup cette rencontre : Israel se confie librement dès que l’on parle de vie sentimentale et nous dit pas mal de choses sincères. La boite est globalement remplie de gays et on passe un super moment entre danse et discussions.

Rue principale de Castro

On retourne ensuite se coucher à notre Airbnb du quartier Tenderloin qui est hors de prix mais vaut le coup, d’une part pour la piscine, d’autre part parce que mon matelas est posé juste à coté de la fenêtre d’où je peux contempler San Francisco depuis une vingtaine d’étages. La vue de nuit est magnifique et je me sens si immergée dans le paysage que je ne peux en détacher mes yeux.

Gérald décolle pour Las Vegas la veille de notre départ pour Yosemite. Ma journée de repos en solitaire sera ponctuée par l’intervention de Clyde, le chien de l’airbnb où nous logeons à Oakland qui a décidé de mettre en pièces mon matelas de camping. Je file ensuite dans le centre à la recherche de la « maison bleue », chantée par Maxime Le Forestier, où vivait une communauté de hippies dans les années 70 et où « on ne frappe pas, ceux qui vivent là ont jeté la clé ». Je la trouve dans le quartier de Castro à quelques pas du Moby Dick. 

La fameuse maison bleue, la plaque dorée a été offerte par le Consulat de France et comporte quelques paroles de la chanson

J’aime beaucoup ce quartier à l’ambiance détendue et aux maisons victoriennes bariolées. Ma balade se termine à Dolores Park où je croise la jeunesse du coin, et je me dirige vers le métro pour rentrer. Près du métro, gros retour à la réalité : des centaines de sans-abri vivent tout près des rues idylliques de Castro et je vois plusieurs associations leur servir à manger. Une grande partie semblent avoir été détruits par la drogue. Cette expérience me marque profondément et me laissera un souvenir doux-amer de la ville de la liberté.

Le Golden Gate Bridge

Le samedi, destination Yosemite, après une escale à Fresno pour récupérer Gérald. Notre pause à Fresno dure un peu plus longtemps que prévu et la nuit est déjà tombée quand nous entrons dans le parc Yosemite après que j’ai écouté mes groupes de metal préférés pendant 2h pendant que mon copilote dormait. Quand nous arrivons à Yosemite, je passe un moment étrange en roulant de nuit sur des routes de montagne et en voyant partout des alertes sur un incendie à la Yosemite Valley. On finit par apprendre que l’incendie n’est pas sur notre chemin, et monter la tente à la lumière de la frontale avant une bonne nuit de sommeil sous les sapins et les étoiles.

Yosemite Valley

La journée suivante est consacrée à la Yosemite Valley, endroit phare du parc d’où partent de nombreuses randonnées vers les pics et chutes d’eau des environs. Le temps étant orageux, on reste au fond de la Valley qu’on explore en courant, sur un coup de tête. Cela fait vraiment du bien de courir, surtout dans un paysage pareil, et on peut ainsi voir le maximum des points d’intérêt de la Valley. El Capitan, le Half Dome, les Yosemite Falls de 740 m de haut …  On parle beaucoup pendant la randonnée, de nos relations, du travail … et on termine cela en se baignant dans la rivière bien fraîche.

Derrière nous, Yosemite Falls

Je me sens comme à la maison à marcher au milieu de ces immenses sapins, encadrée des immenses massifs rocheux qui nous contemplent de leur présence millénaire.

(Oui, je suis bien sur la photo !)

Les Yosemite Falls et Bridalveil Falls (« voile de mariée ») dégringolent le long de la roche. Le temps gris d’orage se mêle progressivement au jaune orangé du coucher de soleil. Un cerf se promène dans ce paysage magnifique comme si de rien n’était.

On mange des pizzas dans la Valley puis on part savourer des Sierra Nevada au coin d’un feu magnifique allumé par Gérald, encore tout heureux de notre rando.

Le lendemain, on part pour une autre zone du parc Yosemite appelée Tuolumne Meadows. Je n’ai aucune idée de ce qu’est cet endroit mais c’est le nom d’un morceau de Eddie Vedder pour la bande-annonce d’Into the Wild, donc cela commence bien ! On est tout de suite saisis par la beauté de la route. Les paysages vertigineux se multiplient, les sommets sont enneigés, et j’ai envie de m’arrêter toutes les 5 minutes pour admirer le relief. Un lac se profile le long de la route, je propose de s’arrêter, et on est ébahis par sa beauté et sa clarté, alors qu’il est à peine indiqué sur la carte …

On arrive ensuite à Tuolumne Meadows. C’est saisissant de tomber sur une grande prairie verdoyante et fleurie à 3000 mètres d’altitude. Plus tard, j’apprendrai que le lieu était fermé jusqu’au 1er aout à cause de la neige, c’est le printemps ici !

La prairie de Tuolumne Meadows

Notre randonnée est censée nous mener à un point de vue sur le gigantesque lac Mono. Nous partons, d’abord dans les forêts puis à flanc de montagne, pour le lac qui s’avèrera finalement un peu loin pour le temps orageux qui se profile. On traverse plusieurs rivières, les sommets sont enneigés et les couleurs vert et bleu à couper le souffle. Je me sens comme un poisson dans l’eau. 

Sur notre sentier, le Mono Pass

On aperçoit un petit lac où on veut se poser pour déjeuner et on y croise un habitué du Yosemite avec qui on discute un peu. Il nous confirme que le lac est vraiment loin et on a l’idée d’y aller en voiture. Gérald rentre plus tôt que moi et je me retrouve seule en pleine nature avec pour toute compagnie la vue sur les sommets enneigés et les arbres gigantesques. J’étire ma balade au maximum tant je suis heureuse d’être là.

Route de Tuolumne au lac Mono

On part ensuite pour le lac Mono et la route est magnifique : lacs, vues vertigineuses teintées de rouge ou de gris nous escortent jusqu’au lac qui m’impressionne beaucoup tant il est primitif et lunaire.

Le lac Mono

 

Un verre plus tard, on repart pour notre camping où, surprise ! notre tente a été déplacée et toute notre nourriture « impounded ». (on doit la placer dans un « locker » en métal pour empêcher les ours de venir la chercher). On débat pour savoir si la nourriture a été « saisie » ou « détruite ». Je râle un bon coup et je m’inquiète pour la nourriture (dans « nourriture » sont inclus tous les éléments odorants à savoir cosmétiques … bref je n’ai vraiment pas envie qu’ils aient jeté mes cosmétiques solides !) tandis que Gérald est super zen et même content car ça va nous donner l’occasion d’aller rencontrer des campeurs pour la soirée.

Je pars à la recherche du ranger du parc, qui n’est pas là. Une voiture passe alors et je me fais aborder par le plus pur accent British qui soit : « Are you looking for the ranger ? » Trois jeunes Anglais le cherchent aussi car ils n’ont pas reçu d’indication sur leur emplacement de camping. Je leur explique notre mésaventure et ils sont tout désolés pour moi. Arrive Gérald qui propose de leur échanger un peu de leur nourriture contre notre compagnie et un super feu. Cela tombe bien : ils ont un jeu de société qui ne se joue qu’à 5. C’est le destin !

On passe une super soirée au coin du feu avec Ben, Adam et Dominic et leur jeu « The Resistance », qui est un jeu psychologique vraiment sympa : la Résistance doit gagner des missions, mais des espions qui sont cachés parmi les Résistants tentent de se faire enrôler en mission pour les faire capoter, et tout dépend de la capacité de chacun à convaincre qu’il est un Résistant (et du bluff pour les espions). 

Le lendemain, je parviens à récupérer nos affaires grâce au ranger du park qui m’emmène au locker. Juste à côté, trois cerfs me dévisagent en silence. On quitte le parc non sans prendre en stop une Espagnole qui vient de traverser tous les Etats-Unis depuis le Wisconsin où elle a vécu dans une maison en bois, pour faire un bout du Pacific Crest Trail (le sentier parcouru par Cheryl Strayed dans le film Wild) qui passe par Yosemite. On papote beaucoup sur la route, et on finit par rendre notre voiture et retrouver Marie et Julien qui font le trajet avec nous jusqu’à Sacramento où une autre étape nous attend : la préparation du Burning Man !

 

Quelques photos supplémentaires :

San Francisco / Chinatown :

San Francisco / Castro :

Yosemite Valley :

Tuolumne Meadows :

Route vers Tuolumne Meadows

Sentier « Mono Pass »

Sur le sentier « Mono Pass »

Sur la route entre Tuolumne et le lac Mono

Carnets 4 – Chicoutimi, Montréal et Toronto

N’ayant pas trouvé de covoiturage Tadoussac-Saguenay, je me fie aux bénévoles de l’auberge – Tiphaine la première – qui me disent que je n’aurai aucun mal à trouver un « lift » en levant le pouce.

 Moins de dix minutes avec le pouce en l’air s’écoulent avant qu’un camion noir se plante devant moi, portant l’inscription pas très discrète « J’ai survécu au Bootlegger – Let’s Rock ! « ​ Son chauffeur – casquette et tee-shirt avec la même phrase que sur le camion – m’interpelle « Saguenay ? Speak English, French ? Ok je vais te faire de la place ! » Il a l’air ravi de trouver un compagnon de voyage et s’empresse de me faire la conversation avec un accent québécois adorable. Il s’appelle Patrice, dit Pat, et le fameux « Bootlegger » est en réalité un restaurant situé à La Malbaie près de Saguenay, dont l’histoire est plutôt intéressante : un Américain (des USA) avait ouvert ce bar du temps de la prohibition, même si à ce moment il y avait aussi une loi sur la prohibition au Canada mais elle dépendait de la zone géographique (de la tolérance du clergé du coin pour être précis). Le bar était situé dans une maison datant des années 1860, et a décliné après la fin de la prohibition pour finalement fermer. Fin du XXe siècle, il a été restauré et rouvert dans un esprit proche de celui d’origine – celui d’une grosse soirée basée sur la viande et l’alcool, si j’ai bien interprété leur devise. Quant au « Bootlegger », c’est le nom que l’on donne aux flasques d’alcool que l’on met habituellement dans la poche de poitrine, car à la base elles étaient faites pour être mises dans la botte des cowboys (boot – legger).

On passe un super trajet entre la route longeant forêts et rivières, le soleil, des conversations sur les voyages, la langue française, Daft Punk et j’en passe, et de bons fous rires. Quand je lui fais remarquer la beauté du paysage, il me répond qu’il est d’accord, mais a l’habitude de faire ce trajet et me dit « la beauté, tu ne la vois pas au quotidien », à méditer… Il fait ensuite un détour pour me déposer pile là où vient me récupérer Simon, mon premier couchsurfer sur ce voyage, non sans m’offrir des produits du Bootlegger que je vais m’empresser de tester (sauce barbecue et vinaigrette estampillée « mettez de la contrebande dans vos salades »). Vient ensuite Simon qui débarque avec Ray-Ban et tee-shirt Guns and Roses pour rivaliser avec Pat en matière d’accent adorable.

Souvenir de ce trajet en stop – vue du fjord près de Saguenay où on écoutait à fond Heymoonshaker !

On file dans une microbrasserie où on parle de metal, de festivals et de ses différents métiers aussi variés qu’improbables – il fait de l’inspection de soudures par ultrasons, ce qui me rappelle un peu mon travail, bosse aux impôts .. entre autres. Je passe la journée du lendemain à explorer Chicoutimi, vu que j’ai abandonné le lac Saint Jean qui est trop loin sans voiture. Il n’y a pas vraiment grand chose à faire mais je finis par tomber sur un festival de musiques du monde et il fait beau, donc pas grave ! Je passe deux jours bien reposants chez Simon qui habite au fin fond de la campagne, avec Debbie son « beau chien précieux » et quelques films un peu niaiseux (« débiles » pour les Français). Je ne regrette pas du tout d’avoir quitté Tadoussac, rien que la rencontre avec Pat et Simon valait le voyage.

Centre-ville de Chicoutimi, à droite la « petite maison blanche » qui a été une des rares à survivre à de grandes inondations qui ont frappé la ville en 1996

Le dernier jour, on promène Debbie dans le bois d’à côté à 6h du matin, la rosée mouillant les chaussures, et en cueillant des framboises sauvages sur le chemin. Je prends ensuite un covoiturage pour Montréal, trajet très agréable car la moitié se déroule au milieu du parc de la Jacques-Cartier et ses milliers de collines et sapins. Le but en rentrant à Montréal est de passer payer ma plongée du weekend, avant d’aller chez Gary et Jean-Claude où je suis invitée à souper (dîner pour les Français). 

Parenthèse plongée : J’ai passé en France le PADI Open water diver qui est un diplôme me permettant de plonger à 15 m (le niveau 1 de plongée), mais c’était la partie théorique en piscine. Pour valider mon diplôme, je dois aussi faire 4 plongées en milieu naturel, et en fouillant j’ai trouvé que je pouvais faire les 4 plongées à Montréal en un weekend, dans une ancienne carrière inondée. Cette carrière est située dans une réserve indienne (Mohawk) appelée Kahnawake, et l’organisme de plongée a un accord avec les autochtones pour pouvoir aller faire des bulles dans leur carrière, qui comporte notamment une épave.

Une fois sur place, surprise ! je découvre que je vais devoir promener 40 kg de matériel de plongée (j’avais tenté de négocier un lift quand j’ai fait ma réservation, mais c’est visiblement passé à la trappe). En plus de ça, ils ne fournissent pas le masque et les palmes, je vais devoir aller les louer à l’autre bout de la ville. Je prends sur moi et commande un Uber pour trimballer tout le bazar chez Gary.

Le jardin, version de jour, avec la tente au fond

Au bout de cinq minutes sur place, tous mes soucis sont oubliés. Je suis à Montréal dans un jardin adorable éclairé par des guirlandes. Mes deux amis m’ont planté une tente au fond du jardin, où m’attendent trois matelas de camping. Les autres invités à la soirée me plaisent bien et on a des conversations bien intéressantes entre personnes de tous âges et cultures. Gary a cuisiné sur mesure selon que ses invités soient végés ou chiantsvéganes ou carnivores. Ils nous racontent moult souvenirs de leurs vies qui me semblent remplies de voyages et de liberté absolue. Je bénis le ciel de les avoir rencontrés et passe une super nuit dans ma tente 4 étoiles.

Heureuse d’être à Montréal !

Le vendredi – veille de mon weekend plongée -, après un super déjeuner (petit-dej pour les Français), je me décide à louer une voiture et hérite d’une Fiat 500 avec laquelle je vais silloner Montréal pendant 48h ainsi que la réserve de Kahnawake où je vais faire mes plongées. Je retrouve ensuite Julien et Marie et leur super mi-chat mi-léopard des neiges, qui m’accueillent pendant ces trois jours même si j’aurais aimé avoir plus de temps à leur consacrer. Après deux jours de plongée bien crevants en compagnie d’instructeurs adorables, et de détours par le jardin de Gary dès que je le peux, mon dernier soir à Montréal se passera en compagnie de Patrick, qui débarque de France le jour même, on est crevés mais il faut fêter ça !

La carrière à Kahnawake

Après un petit dej avec Julien dans un café artisanal tout adorable, je quitte Montréal pour Toronto, persuadée que je reviendrai boire de la Labatt dans le jardin de Gary.

Une fois sur place, c’est Michal un ancien collègue et Olivia qui me retrouvent, et j’ai droit à tout l’itinéraire et les explications pour pouvoir voir le maximum de Toronto en deux jours. Cela me fait vraiment plaisir d’autant que Michal est très fier de sa ville et plein d’idées pour que j’en profite à fond.

Hello Toronto ! – Oldtown et vue sur le Financial district

Ainsi je pars le lendemain pour mon tour sur mesure. Oldtown et son marché couvert, Chinatown, le quartier bariolé de Kensington Market, les quartiers résidentiels avec des maisons à l’ancienne très photogéniques, la rue Queen Street et son alignement de bars et restos… 

Maisons à Little Italy

J’aime beaucoup les quartiers de Litte Italy, Little Portugal et Chinatown qui, comme me l’a dit Michal, ont été littéralement construits les uns à côté des autres par les différentes ethnies et il en résulte un melting pot de cultures qui se mélangent un peu. Dans chaque quartier, le nom de la rue est traduit dans la langue de l’ethnie, coréen, chinois, portugais …

Graffiti Alley

Après un énorme plat de riz aux légumes, je pars pour la partie plus moderne de la ville, le Financial District puis le bord du lac Ontario. Le but est de me rendre sur les Toronto Islands que l’on rejoint en ferry. La skyline de Toronto vue depuis l’île est plutôt jolie, mais je préfère encore l’ambiance de l’île une fois arrivée sur place : bateaux de plaisance, sportifs, parties de volley ou encore pêche semblent au programme sur ce que Michal a appelé « notre Central Park ».

Je traverse l’archipel pour aller voir le lac de l’autre côté et tombe nez à nez avec une jolie petite plage. Personne ne se baigne car l’eau est un peu fraîche, mais la tentation est trop grande et moins de deux minutes plus tard je me retrouve à nager à moitié habillée dans le lac Ontario, toute heureuse.

De retour sur le sable, je reçois un message de Michal qui me donne rendez-vous dans le centre-ville pour aller boire des verres sur le rooftop d’un immeuble d’une trentaine d’étages et ainsi avoir une super vue sur Toronto. Je sors à peine du lac et mes habits sont mouillés mais je file et après avoir crapahuté dans le centre-ville bondé, on se retrouve finalement à boire de la bière blanche québécoise face à un magnifique panorama de la ville au coucher du soleil

La soirée n’est pas finie car mon super guide m’a prévu un tour en voiture dans les quartiers que je n’ai pas visités : l’Université de Toronto, les « Champs Elysées » du coin, et la banlieue d’où on a une vue incroyable sur le centre ville et le lac. J’ai vraiment adoré ces deux jours avec Michal et Olivia et le programme intense qu’ils m’ont concocté. Mais c’est l’heure de décoller pour San Francisco où d’autres aventures m’attendent !

Quelques photos supplémentaires :

Chicoutimi : friches industrielles des anciennes usines à papier

Parc de la Jacques-Cartier au nord de Québec :

De retour à Montréal :

Toronto :

Oldtown, marché couvert :

Financial District :

Queen Street :

Chinatown et Kensington Market :

Little Italy :

Graffiti Alley :

Toronto Islands :

Au revoir Toronto !

Carnets 3 – Tadoussac et le fjord du Saguenay

Demandez votre chemin. 
Alors que je déjeune sur le pouce à Tadoussac, village situé à l’embouchure du fjord de Saguenay dans le fleuve Saint Laurent, je demande à mes voisins la direction du lac dont tout le monde m’a parlé à l’auberge. J’omets de préciser que c’est la troisième fois qu’on m’explique et en profite pour faire la connaissance de Jean-Claude et Gary, baroudeurs respectivement français et québécois que je retrouverai au lac puis à l’auberge.

Lac de Tadoussac

Le lac me fait un effet de paradis : bordé de sapins et de petites plages, il est d’une clarté et d’un calme absolus, et d’une température telle que je file me baigner, en essayant de réaliser la chance que j’ai de nager dans ce cadre magnifique. Je pars ensuite pour le centre de Tadoussac où après une petite promenade le long du fjord, je me retrouve à la pointe de l’Islet à guetter les baleines. Je m’estime déjà heureuse d’avoir pu apercevoir tout un banc de bélugas à mon arrivée la veille, grâce à mon covoitureur Anthony de Martinique qui m’a filé tous les bons plans pour observer les cétacés.

Soudain, tout le monde se tourne vers le fjord. Une baleine ! Une nageoire noire sur un dos arrondi émerge de l’eau en décrivant un arc-de-cercle, une fois, puis deux, puis trois. Je n’en crois pas mes yeux. 

Je suis dans un état d’esprit un peu bizarre quand je quitte le site, et verse une larme en repartant pour le village. Je ne réalise pas ce que je viens de vivre.

A « L’eau Berge »

L’auberge de jeunesse de Tadoussac est probablement la plus hippie que j’ai pu voir. Cette institution du coin depuis les années 60 rassemble familles, chiens, vagabonds de passage, touristes chinois et quelques backpackers plus banals comme moi. Une minute à peine après mon arrivée à l’auberge, je retrouve Tiphaine que j’avais rencontrée à Paris dans ma tribu d’adeptes de restos végé. J’y rencontre également Geneviève, une québécoise avec qui le courant passe tout de suite et on discute de méditation et de Rainbow Gathering, Alan un français qui a traversé plusieurs fois le Canada sans argent … et bien sûr mes deux baroudeurs rencontrés ce midi, qui me rejoignent alors que je me prépare pour ma rando de trois jours le lendemain. La météo est pluvieuse et ils me font bien rire en imaginant mon carnet de bord « Jour 1. Toutes mes affaires sont mouillées, je marche depuis des heures dans la boue…. » ou encore en me racontant leurs rando raquettes en plein hiver entrecoupées de cassoulet ou poulet basquaise au refuge.

Rebelote le lendemain au petit dej où on discute voyages et entre autres l’Argentine où entre autres ils se sont retrouvés à faire un détour de x kilomètres pour pas grand chose. Ils promettent de m’emmener au départ de ma rando, et une fois que j’ai plié bagage et confié mes affaires à l’auberge, on part pour un village au joli nom de Sainte-Rose-du-Nord qui se situe plus loin dans le fjord en écoutant de la musique folk québécoise qui se marie à merveille avec notre trajet au milieu des lacs et sapins.

Arrivés à destination, le point d’intérêt est une église meublée entièrement avec des souches, mais je retiendrai principalement le déjeuner avec Gary et Jean-Claude tandis qu’il tombe des cordes et que je commence à me demander dans combien de centimètres de boue je vais devoir marcher quelques heures plus tard.

Dans la voiture, ils m’ont fait écouter divers groupes québécois : Jim et Bertrand – folk -, Harmonium – progressif !! yeah! -, les Séguin – folk un peu hippie -, Paul Piché – chanson engagée. Gary défend ardemment le chant en français et je serais mal placée pour le contredire. Alors que je leur parle de mon projet de rando en Tanzanie, je récolte un « mais t’es bonne à marier, toi ! » dont je me souviendrai !

Ils finissent par me déposer au début du sentier, non sans m’offrir une clochette censée éloigner les ours que je vais porter religieusement pendant 42 km, principalement parce que j’ai adoré rencontrer mes deux baroudeurs et que j’aurais voulu ne pas les quitter !

Coucher de soleil au refuge de l’anse à la Barge

La suite a été écrite dans le premier refuge du sentier qui sépare la baie Sainte-Marguerite de Tadoussac, au coin du feu que je venais d’allumer. En galérant un peu, puisque j’essayais d’allumer en même temps mon feu dans la cheminée et de m’occuper de mon réchaud à l’extérieur avec un vent et une pluie de tous les diables. Et tout d’un coup, j’ai fini par faire crépiter un bon feu dans la cheminée et à préparer mon repas. Puis en entrant dans le refuge, qui comporte de grandes baies vitrées sur le fjord, j’ai vu d’un côté de la baie un splendide coucher de soleil et de l’autre un arc-en-ciel.

Refuge de l’anse à la Barge

Avant tout cela, j’ai parcouru mes trois premiers kilomètres de sentier sous le déluge en repensant à Jean-Claude et Gary et aux morceaux qu’ils m’ont fait écouter – plusieurs ayant pour thème la pluie, l’arche de Noé... Je me sentais envahie d’une sensation de calme indescriptible, de marcher en forêt, sentir l’odeur des sapins et du bois mouillé. Je me suis dit à un moment que chaque jour, j’avais l’impression d’être plus heureuse que la veille, et pourtant entre l’observation des baleines et ma rencontre avec mes deux baroudeurs géniaux je ne voyais pas comment l’être plus qu’en cet instant. Je me suis alors mise à rire en pleine forêt en me disant : tu vas marcher 42 km, tu en as fait 2, c’est le déluge, et tu te dis que t’as jamais été aussi heureuse, t’as vraiment un problème !

Le deuxième jour, je suis un peu plus rôdée avec mon matériel et me prépare un bon petit dej que je déguste face au fjord. Le temps est radieux et je me dépêche de me mettre en route pour parcourir les 15 km qui me séparent du refuge de l’Anse creuse. Je crapahute dans les bois avant de me faire arroser à nouveau. J’arrive en haut du fjord dans une grisaille qui gâche un peu le paysage. Mais le spectacle est magnifique, les bords sinueux du fjord qui ondulent le long de l’eau d’un gris métallique, l’île Saint Louis au milieu (comme à Paris !) et quelques rayons de soleil qui apportent des reflets dorés au paysage.

Sur la gauche, l’île Saint Louis

Ma journée sera découpée entre le calme des bois, l’odeur de résine et de bois mouillé, et les passages en haut du fjord, à même la roche et en plein vent. D’autres moments plus étranges, celui où je traverse une zone de lignes à haute tension dans un vent à réveiller les morts, avec une vue époustouflante, un village vide, ou un camping au milieu de nulle part où je discute tant bien que mal avec de jeunes québécois au look de punk et à l’accent très prononcé.

J’aime particulièrement marcher au sommet, sur la pierre qui s’étend parfois en un paysage lunaire ou est parsemée de tapis de mousse de toutes les couleurs possibles, vert, rouge, jaune … J’arrive en fin d’après-midi au refuge où, surprise, deux familles et une demi-douzaine d’enfants ont pris leurs quartiers. Cela ne m’empêche pas de dormir profondément, de la bonne fatigue qui suit les journées de rando.

Mon petit dej du dernier jour est prêt en moins de deux et j’ai décidé de faire les 24 derniers kilomètres d’un coup bien que j’aie déjà réservé le refuge qui est à 12 kilomètres de l’arrivée. Je fais le plein d’eau de pluie au récupérateur sans y mettre de pastille et me mets en route.

Après une matinée bien sportive dans les mêmes paysages que la veille, et un passage en pleine forêt à un moment où j’ai perdu le sentier, j’arrive plutôt affamée au refuge pour le déjeuner, et vis un moment vraiment magique en voyant pour la première fois le Saint Laurent et l’embouchure du fjord tandis qu’un bon feu brûle dans la cheminée, et que la playlist concoctée par ma soeur me passe A Knife in the Ocean de Foals à fond dans la pièce après une matinée de silence. Je déjeune dans une sérénité totale avant de repartir pour le dernier bout de chemin qui m’offrira des points de vue exceptionnels sur Tadoussac, le lac et le fleuve. 

Vue du dernier refuge

J’arrive au bout en faisant le tour du lac que je suis contente de retrouver et me dépêche d’aller planter ma tente juste à côté d’une des plages pour finir ces quelques jours en beauté.

Bye bye Tadoussac

Quelques photos supplémentaires :

Tadoussac :

A gauche en arrière-plan : le fleuve Saint Laurent, à droite l’embouchure du fjord

Vue sur le fjord du Saguenay depuis Tadoussac. Au centre, le traversier, seul moyen d’aller de l’autre côté

Les bélugas :

Fjord du Saguenay :

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Juste derrière moi : le lac de Tadoussac, en arrière-plan le fleuve Saint Laurent

Carnets 2 – Montréal et Québec

Plus de photos en fin d’article !

Montréal

A Montréal, le dernier jour avant mon départ, j’ai une conversation avec Florence, qui m’héberge, et sa maman Marie-Cat sur l’accueil des immigrants au Canada et le racisme en France (Marie-Cat est née en France). C’est une véritable bouffée d’oxygène pour moi que d’entendre Marie-Cat constater le racisme en France et le peu de choses que l’on fait pour intégrer les personnes souhaitant y vivre – ou forcées d’y vivre, mais passons. Quant à Florence, elle qualifie simplement certains propos racistes qu’elle a entendus en France d' »inacceptables« . Tout est différent au Canada. Bien sûr, la situation économique et la quantité de personnes demandant à y vivre n’est pas la même. Mais cela fait vraiment chaud au cœur de voir tous ces quartiers qui s’imbriquent, portugais, méditerranéen, chinois …

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Street art dans le quartier portugais

Près de chez Florence, un immense supermarché sur le thème de la nourriture méditerranéenne, libanaise … est bondé et fréquenté par des personnes de toutes origines. Le quartier portugais est parsemé de restos sympa et d’impressionnantes œuvres de street art que je prends en photo une vingtaine de fois.

Le festival « Bouffons Montréal » où je déguste une poutine végane avec Joris et Séverine, présente un melting pot de cuisines de la Jamaïque à la Gaspésie (région du Canada) en passant par la Provence et le Japon.
Au parc Jeanne-Mance près du Mont-Royal, on croise l’ancien responsable de la chorale de Florence, un pasteur congolais installé a Montréal, elle me dit que son parcours de vie est incroyable. Le lendemain de mon arrivée, on hésite entre un festival haïtien, une fête cubaine et une soirée electro – finalement on fera les deux premiers, on y croisera Dany Laferrière (auteur d’origine haïtienne élu à l’Académie française) et on finira par un feu d’artifice sur le vieux port de Montréal, entouré de familles et touristes de tous horizons.

Oka

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Un détour par Oka (à une demi-heure de Montréal) me permet d’aller admirer la région : traversée de la rivière des Mille-Iles qui semble bien porter son nom, plage de sable fin qui borde un lac tout bleu auquel se mêle le vert foncé des sapins omniprésents … la plage est bondée et on entend de l’espagnol, de l’anglais, du français de France et du Québec, du portugais brésilien … On déguste notre repas acheté au supermarché libanais tandis que j’essaie de me remettre de ce mélange des cultures (et du prix de l’entrée du parc). Florence contrebalance mon enthousiasme en me racontant les révoltes ayant eu lieu à Oka dans les années 1990 suite à la volonté d’une entreprise locale de s’établir sur un ancien cimetière indien. Tout n’est pas rose au Québec…

Montréal again

Le 31 juillet, c’est repos, footing caniculaire, Game of Thrones, préparation de la suite de mon voyage et enfin une soirée dans le quartier animé et plus anglophone de Villa Maria où on retrouve Jessyka, une bonne amie de Florence.

Je l’avais déjà vue au Brésil mais cette soirée avec elle me marque profondément : Jessyka est sage-femme. Sauf que contrairement à la version française, les sage-femmes québécoises sont responsables de la grossesse et de l’accouchement des femmes souhaitant accoucher par elles-mêmes, à la maison – c’est donc globalement la future maman qui fait tout le travail lors de l’accouchement où la sage-femme n’intervient qu’en cas d’urgence.

Je suis ébahie devant cette vision de la maternité qui me paraît tellement simple, évidente, naturelle, surtout comparé à nos hôpitaux. J’ai vraiment l’impression de débarquer d’une autre planète.
A ma question « mais tu ne dois pas soutenir la maman, l’encourager ? » Jess répond du tac au tac avec un franc-parler bien québécois : « t’as besoin de soutien quand tu fais caca ? C’est pareil. » La soirée tourne beaucoup autour de ça, je veux tout apprendre. Et de fous rires mémorables que je ne peux pas raconter ici ! Après un petit tour nocturne dans les quartiers plus huppés de Montréal, je retourne me coucher, encore toute bouleversée de ce que j’ai appris pendant la journée.

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Le lendemain, après un passage au marché Jean-Talon (ci-dessus) pour un nouveau kaléidoscope de cultures, et d’une foule où se mélangent tatoués, familles, grand-mères et toutes les nuances de couleur de peau imaginables, on part randonner un peu dans la réserve de l’université McGill à Mont Saint-Hilaire avec Fleur, une autre amie de Florence qui semble également avoir vécu pas mal de choses. Un lac magnifique – hélas interdit d’accès … -, des biches et écureuils, et un super point de vue sur les environs complètent ce tableau ensoleillé. Je me sens tellement bien que j’ai l’impression d’être une personne complètement différente de celle qui pestait contre la pluie new-yorkaise.

Je quitte Montréal après avoir grimpé le Mont-Royal en courant, le cœur léger car je sais que je reviens bientôt.

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Et encore, j’ai oublié tant de choses … les franco-québécois avec qui j’ai sympathisé en attendant Joris, parce que je regardais un magasin de musique. La nourriture végane partout. Les chauffeurs de bus qui te font payer moins cher quand tu n’as pas toute la monnaie qu’il faut. Les gens qui s’habillent comme ils veulent sans se soucier des regards. Spaceballs au cinéma de plein air. La piscine près de chez Florence, immense et gratuite. La « vibe » de Montréal (dixit mon amie) qui est difficile à définir mais qui n’est déjà pas les rames de métro futuristes sorties tout droit de Disneyland. Le tutoiement, les inconnus qui t’abordent tranquillement, et d’autres choses que j’ai oubliées et qui ont contribué à faire de Montréal un de mes gros coups de foudre en matière de grandes villes (et pourtant j’ai vu Rio et Hong Kong !).

 

 

Québec

C’est parti pour Québec en covoiturage avec des gens vraiment adorables. Je rejoins ensuite mon auberge, réservée à l’arrache parce qu’aucune de mes demandes de couchsurfing n’aboutissait. Et là, c’est le drame ! Mon logement est à 10 km du vieux Québec – ce qui n’est rien dans une ville avec des transports en commun potables – sauf qu’ici cela correspond à 1h30 en transports et 3 bus de deux agglomérations différentes. Je me mords les doigts de n’avoir pas regardé l’itinéraire plus en détail, mais 10 km c’est très peu, l’auberge était bien notée, et fournit une navette gratuite sauf qu’il n’y en a pas en soirée. Je pars quand même explorer le vieux Québec que je trouve vraiment joli malgré l’état d’esprit bien négatif dans lequel je suis.

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Mon seul souvenir du no man’s land

Un sentiment « vieux continent » flotte encore dans cette ville qui multiplie les hommages à l’Europe de 1600 qui envoya ses filles et ses fils peupler la « Nouvelle France ». Ruelles fleuries et maisons portant le nom de leur fondateur complètent la carte postale, assortie d’un feu d’artifice au-dessus des eaux du Saint-Laurent. Encore un ? Oui, car les Québécois voient leurs étés illuminés d’effets pyrotechniques tous les ans à l’occasion de l’International des Feux Loto-Québec – qui rassemble des artificiers du monde entier –, et de plus, on célèbre cette année les 375 ans de la ville de Montréal !

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Je ne regrette pas d’être venue, mais abandonne lâchement la partie pour rentrer en Uber quand je vois que celui-ci me fait économiser 1h30 de trajet.

Le lendemain, je saute dans une navette pour fuir le no man’s land où j’étais, non sans me demander une dernière fois pourquoi diantre ouvrir une auberge de jeunesse estampillée « backpacker » dans un endroit accessible uniquement en voiture ou presque. Par miracle, j’ai trouvé un covoiturage pour Tadoussac (à minuit la veille, cette journée n’était pas totalement perdue). Je me promène encore un peu dans le vieux Québec, d’où je réserve une rando de trois jours dans ma future destination. Puis je rencontre mon super covoitureur, Anthony de Martinique, qui me liste tous les bons plans pour aller observer les baleines. Bye bye Québec !

Quelques photos supplémentaires :

Le vieux Montréal :

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Le quartier du plateau – Mont Royal :

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Oka :

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Marché Jean-Talon :

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Réserve McGill :

Québec :

Tudo Bem – Rio de Janeiro

Petite pause brésilienne : Marie du blog 20 000 lieues sur la terre vient de publier un super article qui relate nos 4 jours de pérégrinations a Rio, un régal a lire et pas mal d’aventures, je vous le conseille !

Petit extrait :

 » Ingrid, qui se débrouille plutôt bien en portugais discute un instant avec un moto-taxi. Le chauffeur vient à ma rencontre et tente de me parler en Brésilien. La situation devient alors comique car hormis les quelques rudiments que j’ai appris en deux jours je ne parle pas un mot de portugais, mais le chauffeur insiste. Est-ce qu’il me prend pour une locale ? Je n’ai malheureusement pas le physique d’une brésilienne pourtant !  Ingrid arrive à ma rescousse et sans quand j’ai le temps de dire quoi que ce soit je me retrouve à l’arrière de sa moto. J’ai à peine le temps de voir Ingrid entamer un deuxième round de négociations avec un autre chauffeur que nous  commençons l’ascension. Je ne suis absolument pas rassurée :

  1. Parce que je suis toute seule à l’arrière d’une moto-taxi pas vraiment homologuée et que je n’ai aucun moyen de communiquer avec le conducteur
  2. Parce que nous sommes dans une favela, donc pas forcément l’un des quartiers les plus fréquentable de la capitale pour une touriste, et que pour ne rien arranger il fait encore nuit puisqu’il est à peine 5 heures du matin.
  3. Parce que nous roulons à toute vitesse sur une route de montagne très à pique et sinueuse. »

Rio - lever du soleil - colines - plage

L’article complet, c’est par là : Tudo Bem – Rio de Janeiro

Carnets 1 – New York, Boston et Peddocks Island

New York 

    Difficile de partir pour 6 mois de voyage et de savourer les premiers jours sans penser à ce qui m’attend ou à mes derniers jours en France qui furent plutôt intenses. 
    Difficile de se retrouver à New York et de me motiver pour arpenter cette ville où je suis déjà allée alors qu’il pleut et que je suis un peu décalée. 
    Et pourtant, en quelques jours la magie opère : Central Park que je parcours une paire de fois en marchant ou en courant, ses écureuils et lumières émises par le sol (?), Chinatown, Little Italy, le ferry pour voir la statue de la liberté sur un coucher de soleil trempé de nuages. Errer au hasard dans les rues et tomber sur un super panorama du fleuve Hudson, un tag de Banksy, un petit marché bio ou un jardin communautaire.

    Capitulant devant le temps pluvieux, aller explorer le musée d’Histoire Naturelle et le MET et y rencontrer Luis qui sera mon meilleur souvenir de New York : après de grandes conversations sur l’impressionisme au musée, on part se balader à Central Park où j’en apprends un peu plus sur sa vie d’ingénieur IT pour la Navy. Après qu’il m’ait fait écouter du Erik Satie, on se met en quête d’une « cheap New York pizza » et on en trouve une à 99 centimes la part – on pouvait difficilement faire mieux ! 
    On la déguste au milieu des lumières et des touristes de Times Square après un bain de foule qui menaça plusieurs fois notre gigantesque pizza et de nombreux fous rires. Puis Luis reprend son bus pour Washington où il habite. J’ai vraiment adoré le rencontrer, il a mis un peu de piment à ces trois jours new yorkais.  Il m’a laissé un petit cadre qu’il a acheté au MET en compensation du repas. Au dos il a écrit : « You and I share the same interests : adventure and art ».


Boston & Peddocks Island

    Parfois ce sont les pires a priori qui donnent les meilleurs souvenirs. 
    J’étais plutôt fière d’avoir trouvé un plan pour camper à Peddocks Island dans la baie de Boston et m’économiser la nuit en ville, hors de prix. Me voilà donc partie, après un voyage en bus moyennement confortable et un énorme plat de nouilles dans le Chinatown de Boston, pour arpenter la ville avant de prendre le ferry pour Peddocks Island, qui je l’imagine est en fin d’après-midi. J’appelle quand même la ranger du parc dans le doute : « Le dernier ferry est à 15h30 ! » Panique, il est 15h15 et je suis à l’autre bout de la ville. Je prends un taxi qui après s’être trompé m’amène au port à 15h35 où j’apprends qu’en fait il n’y avait pas de ferry à 15h30. 
    Je parlemente avec la ranger pendant une dizaine de minutes au téléphone en lui faisant bien comprendre que je suis désespérée et vais devoir dormir dehors si elle ne m’aide pas (en gros), elle est plutôt compréhensive et me dit qu’elle va faire son possible et que je dois rester près du port. 2 minutes plus tard, une dame vient m’expliquer qu’un ferry va m’emmener sur une île où je pourrai prendre le bateau pour Peddocks Island. C’est donc parti pour 30mn de ferry absolument vide alors qu’une minute auparavant je pensais devoir débourser une centaine d’euros pour dormir en auberge.

      Et enfin, me voilà à Peddocks Island ! A part un peu d’eau potable et des toilettes sèches, il n’y a pas d’installation de camping, juste une belle clairière où monter la tente. L’île comporte aussi une église à l’ancienne, des anciens baraquements militaires, des forêts, une plage et même des cerfs – j’en rencontre un 5 minutes après m’être installée ! Je me sens vraiment bien sur ce bout de terre, véritable bol d’air après New York, juste de l’herbe, des arbres et l’océan.

      Mes voisins de camping m’ont l’air sympa donc je me lance pour aller faire connaissance. Martin d’Angleterre, Cassie de New York et leurs enfants ainsi que Brent du Minnesota et ses enfants sont vraiment adorables et me conseillent d’aller regarder le coucher de soleil sur le côté de l’île où l’on voit également la « skyline » de Boston. C’est l’occasion d’essayer – sans succès … ni beaucoup de motivation – de faire du feu tout en admirant le spectacle du soleil flamboyant au milieu des gratte-ciel au bord de l’horizon.

      Puis arrive Joseph, l’un des enfants des voisins, qui me propose un « s’more ». Je me joins à eux et c’est parti pour une soirée avec énorme feu de camp, guitare, chants à tue-tête avec toute la famille, s’mores (cracker + chocolat sur lequel on dépose un marshmallow chauffé au feu qui fait fondre le chocolat, absolument pas vegan mais je ne pouvais pas ne pas tester). L’une des filles connaît Graceland de Paul Simon par coeur, l’un des garçons me bombarde de questions sur la Tour Eiffel, les enfants nous épatent avec leur interprétation des chansons de Moana. Je me souviendrai longtemps de cette soirée !

      Le lendemain, c’est exploration de Boston et achats pour ma 2e nuit de camping et mes 8h de bus pour Montréal qui suivront. La ville est petite et se fait facilement à pied le long du « freedom trail », qui retrace l’histoire des colons américains et de leur indépendance. Maisons en briques rouges, petites églises, personnalités marquantes comme Benjamin Franklin ou Samuel Adams, une très bonne balade ensoleillée qui se termine par une énorme salade au quinoa et kale. 

        Je reprends le ferry – à l’heure cette fois – pour Peddocks Island où je croise mes voisins qui me proposent des bières. « I would have bought you a beer but I didn’t want to look presomptuous, so would you like a beer ? »
        Après un dîner tous ensemble, exploration des baraquements militaires où nous sommes guidés par les enfants qui ont déjà tout visité armés de talkies walkies. Une nouvelle soirée autour du feu s’ensuit même si Brent et Joseph ne sont pas là, et le lendemain je dis au revoir à tout le monde avec un petit pincement au coeur.
        Je me promène ensuite – avec 9 kg supplémentaires – dans le quartier de Old North Church à Boston où j’ai un coup de coeur pour ses rues tortueuses bordées de maisons en briques rouges et ses petits restaurants italiens qui ont l’air bien plus authentiques que ceux de Little Italy. Un coup d’oeil au vaisseau USS Constitution et je me dirige vers la gare routière, prochaine destination : Montréal !

      Quelques photos supplémentaires :

      Ferry de Staten Island :

      Chinatown, Little Italy :

      Musée d’Histoire Naturelle

      MET :

      Boston :